Par la rédaction de MouchaMiel Magazine — Santé et pratiques apicoles
Un antiseptique reconnu, des résultats scientifiques parfois spectaculaires et une question essentielle : ce qui peut soigner une abeille peut-il aussi l’empoisonner ?
Les abeilles ont besoin d’eau. Beaucoup d’eau, même, particulièrement lorsque les colonies élèvent du couvain ou doivent réguler la température de leur ruche.
Mais faut-il se contenter de leur fournir une eau propre, ou pourrait-on améliorer leur santé en y ajoutant certaines substances ?
Parmi les produits évoqués dans les discussions apicoles figure l’iode, un élément chimique connu pour ses propriétés antiseptiques.
Certaines études lui attribuent des effets intéressants contre des agents pathogènes des abeilles, notamment ceux responsables de l’ascosphérose et de la nosémose. D’autres recherches suggèrent qu’à certaines concentrations, des préparations iodées pourraient améliorer la survie des ouvrières.
Pourtant, derrière ces résultats encourageants se cache une réalité moins rassurante : l’iode peut aussi devenir toxique, et les concentrations utilisées expérimentalement ne sont pas directement transposables à l’abreuvoir.
Alors, faut-il en ajouter à l’eau de nos abeilles ?
Examinons ce que nous savons réellement.
1. L’iode : un oligoélément aux propriétés particulières
L’iode est un élément chimique naturellement présent dans l’environnement, notamment dans les sols et les eaux, à des concentrations très variables.
Chez les vertébrés, il joue un rôle physiologique essentiel, notamment dans la synthèse des hormones thyroïdiennes.
Chez l’abeille domestique (Apis mellifera), la situation est moins bien connue.
L’iode figure parmi les oligoéléments cités dans certaines publications consacrées à la nutrition des abeilles. Cependant, leurs besoins quantitatifs précis restent insuffisamment documentés.
Il serait donc excessif d’affirmer qu’une supplémentation est nécessaire, tout comme il serait imprudent de considérer que l’iode est systématiquement inutile.
Le pollen apporte naturellement différents minéraux et oligoéléments, mais cela ne permet pas de conclure que tous les besoins nutritionnels sont toujours satisfaits, quelles que soient les ressources florales disponibles. (Colmena Digital Library)
Un antiseptique à large spectre
L’intérêt de l’iode réside surtout dans ses propriétés antimicrobiennes.
Certaines formulations iodées peuvent agir contre différentes bactéries, certains champignons et plusieurs virus.
Cette activité explique leur utilisation en médecine humaine et vétérinaire, particulièrement pour l’antisepsie.
Mais une distinction fondamentale s’impose.
Une substance capable de détruire des microorganismes au contact d’une surface n’est pas nécessairement bénéfique lorsqu’elle est ingérée par un organisme vivant.
De plus, toutes les préparations iodées ne sont pas équivalentes.
On distingue notamment :
- L’iode moléculaire (I₂), doté de propriétés antiseptiques.
- L’iodure de potassium (KI), un sel apportant des ions iodure.
- Le Lugol, une solution associant de l’iode moléculaire et de l’iodure de potassium.
- La povidone iodée, un complexe permettant une libération progressive d’iode, utilisé dans différents antiseptiques.
Cette distinction est importante : les résultats obtenus avec l’un de ces produits ne peuvent pas automatiquement être extrapolés aux autres.
Autrement dit, parler d’une dose « d’iode » sans préciser la formulation employée peut conduire à de graves erreurs d’interprétation.
2. L’iode contre l’ascosphérose : des résultats encourageants
L’ascosphérose, également appelée couvain plâtré, est une maladie provoquée par le champignon Ascosphaera apis.
Elle touche principalement les larves, qui se transforment progressivement en momies blanchâtres ou noirâtres.
Cette maladie peut affaiblir les colonies et compromettre leur développement.
Une expérimentation menée en Russie
Une étude publiée en 2022 dans les Annals of Agri-Bio Research a examiné les effets de différentes préparations sur le développement et la productivité de colonies d’abeilles.
Les chercheurs ont constitué trois groupes de dix colonies :
- Un groupe témoin.
- Un groupe recevant une préparation associant ail, armoise et vitamine C.
- Un groupe recevant une préparation associant ail et solution iodée à 5 %.
Attention : la mention de 5 % caractérise la solution iodée entrant dans la préparation expérimentale. Elle ne constitue absolument pas une recommandation de concentration finale à administrer aux abeilles.
Les applications étaient réalisées par pulvérisation sur les éléments de la ruche, les abeilles et le couvain.
Il ne s’agissait donc pas d’un ajout dans l’eau de boisson.
Une augmentation de la production de miel
Les résultats publiés sont intéressants.
Les colonies du groupe ayant reçu la préparation à base d’ail et d’iode ont produit en moyenne :
30,2 kg de miel commercialisable, contre 22,5 kg pour les colonies témoins.
Cela représente une augmentation d’environ 34 %.
Les chercheurs ont également observé un développement du couvain plus important dans les colonies traitées.
Ces observations méritent l’attention, mais elles appellent plusieurs réserves.
D’abord, la préparation associait plusieurs substances. Il n’est donc pas possible d’attribuer les résultats à l’iode seul.
Ensuite, les essais portaient sur un nombre limité de colonies.
Enfin, une meilleure production de miel ne constitue pas, à elle seule, une démonstration de l’efficacité thérapeutique d’une substance.
Cette recherche ouvre une piste intéressante, sans établir pour autant un protocole sanitaire généralisable.
3. Nosémose : l’iode de Lugol donne des résultats intéressants, mais comporte des risques
La nosémose est une affection provoquée par des microsporidies du genre Nosema.
Ces parasites microscopiques se développent principalement dans le système digestif des abeilles adultes.
Selon l’espèce concernée, le niveau d’infection et l’état sanitaire de la colonie, les conséquences peuvent être variables.
Une étude égyptienne publiée en 2022
Des chercheurs ont étudié plusieurs substances susceptibles de réduire les infections à Nosema dans des colonies d’abeilles.
Parmi les produits évalués figurait une préparation iodée de type Lugol.
À une concentration expérimentale de 100 ppm, les auteurs rapportent :
- Une diminution de la mortalité des abeilles comprise entre 82,17 % et 86,30 %, selon la saison étudiée.
- Une réduction du nombre de spores comprise entre 90,39 % et 97,57 %.
Ces pourcentages correspondent aux résultats calculés par les chercheurs dans leur dispositif expérimental. Ils ne constituent pas des taux d’efficacité garantis dans les ruchers.
Mais l’étude comporte une observation particulièrement importante.
À 1 000 ppm, soit une concentration dix fois supérieure, les chercheurs rapportent la mort des colonies exposées.
Ce résultat illustre les risques associés à une augmentation des concentrations.
Il serait toutefois incorrect de considérer que 100 ppm représente une concentration universellement sûre : la toxicité dépend aussi de la formulation, des conditions d’exposition et des modalités d’administration.
Ces travaux constituent donc une piste de recherche, et non une invitation à préparer soi-même une solution iodée pour ses colonies. (mjard.journals.ekb.eg)
4. L’iode peut-il prolonger la vie des abeilles ?
C’est probablement l’un des aspects les plus étonnants des recherches récentes.
En 2025, une équipe de chercheurs ukrainiens a publié dans la revue Scientific Horizons une étude consacrée au Kombiyod, une préparation à base de povidone iodée.
Les scientifiques souhaitaient notamment déterminer si ce produit pouvait exercer une activité antimicrobienne tout en conservant une toxicité acceptable pour les abeilles.
Des essais réalisés en laboratoire
Les chercheurs ont testé différentes concentrations de Kombiyod incorporées à du sirop de sucre.
L’expérimentation portait sur des abeilles maintenues en cages.
Aux concentrations expérimentales de 0,05 % et 0,1 % de préparation, les chercheurs ont observé une amélioration de la durée de survie.
Les abeilles des groupes concernés ont atteint des durées de vie maximales de 17 à 18 jours, soit environ quatre à cinq jours supplémentaires par rapport aux témoins considérés.
Cela représente une amélioration d’environ 25 % selon les auteurs.
Ces résultats sont encourageants, mais leur portée doit être correctement appréciée.
Il s’agit d’abeilles maintenues en laboratoire, et non de colonies complètes évoluant dans leur environnement naturel.
Les concentrations indiquées correspondent au produit Kombiyod utilisé dans l’étude, et non à une concentration universelle en iode élémentaire.
Une augmentation de la longévité d’ouvrières encagées ne démontre pas non plus une amélioration de la survie hivernale, de la productivité ou de la résistance sanitaire d’une colonie.
Quand la concentration augmente, la toxicité apparaît
Les résultats deviennent nettement moins favorables lorsque les concentrations sont augmentées.
À partir de 0,5 % de préparation, les chercheurs observent une augmentation de la mortalité.
À des concentrations allant jusqu’à 2,05 %, des manifestations de toxicité aiguë apparaissent.
Certaines abeilles exposées présentent notamment des troubles physiologiques et meurent prématurément.
L’étude démontre donc deux phénomènes concomitants : une amélioration de certains paramètres de survie à faible concentration expérimentale et une toxicité marquée à des concentrations plus élevées.
Elle souligne surtout l’importance de la formulation, de la concentration et des conditions d’exposition.
Les auteurs envisagent des applications sanitaires futures, mais reconnaissent également la nécessité de poursuivre les expérimentations. (Scientific horizons)
5. Un risque moins visible : les effets sur le comportement des abeilles
Les dangers potentiels des composés iodés ne se limitent pas à la mortalité.
Les abeilles possèdent des capacités remarquables d’apprentissage et de mémorisation.
Elles doivent notamment apprendre à reconnaître les fleurs, mémoriser les ressources alimentaires et associer certaines odeurs à la présence de nectar.
Ces facultés conditionnent l’efficacité du butinage.
Or, une étude publiée en novembre 2025 dans la revue Insects s’est intéressée aux effets de deux composés, l’iodure de potassium et l’iodure d’argent, sur le comportement des abeilles.
Les chercheurs ont notamment évalué leur capacité à apprendre à éviter une stimulation désagréable ou à associer une odeur à une récompense sucrée.
Ils ont observé différentes perturbations de l’apprentissage selon les substances, les doses et les tests employés.
Les performances dans certaines tâches de conditionnement olfactif étaient particulièrement affectées.
Ces observations ne permettent cependant pas d’affirmer qu’une faible quantité d’iode ajoutée à un abreuvoir provoquerait les mêmes effets.
Elles montrent plutôt que l’absence de mortalité immédiate ne suffit pas à établir l’innocuité d’une substance.
Pour une abeille, survivre ne signifie pas nécessairement conserver toutes ses capacités comportementales. (doi.org)
6. Pourquoi l’abreuvoir n’est pas un bon moyen d’administrer de l’iode
C’est ici que la question pratique rejoint les résultats scientifiques.
Un abreuvoir n’est ni un laboratoire, ni un distributeur de médicaments.
Son rôle est de permettre aux abeilles de s’approvisionner en eau.
Cette eau contribue notamment à l’alimentation du couvain, au traitement des réserves alimentaires et à la régulation thermique de la colonie.
En période chaude, les besoins peuvent devenir considérables.
Mais les quantités consommées ne sont pas constantes.
Elles varient selon la température, l’humidité ambiante, la disponibilité des ressources naturelles et les besoins du couvain. (Auburn University Extension)
Un dosage impossible à maîtriser individuellement
Supposons que l’on ajoute une substance iodée dans un abreuvoir.
Comment connaître précisément la quantité absorbée par chaque abeille ?
Certaines butineuses viendront s’y approvisionner plusieurs fois.
D’autres utiliseront une source d’eau différente.
Une partie de l’eau sera rapportée à la colonie et redistribuée selon ses besoins.
La quantité effectivement ingérée par chaque individu devient donc difficile à déterminer.
Cela complique fortement toute tentative de maîtrise de l’exposition.
Un problème de stabilité des préparations
Les différentes formulations iodées n’ont pas toutes le même comportement chimique.
La lumière, la température, les matières organiques et la composition de l’eau peuvent influencer leur stabilité ou la disponibilité de l’iode actif.
Il serait donc hasardeux de supposer qu’une préparation reste identique pendant plusieurs jours dans un abreuvoir exposé aux conditions extérieures.
Des abeilles qui ne sont pas les seules utilisatrices
Un abreuvoir peut également être fréquenté par d’autres insectes.
Ajouter un antiseptique à cette eau revient alors à exposer potentiellement des organismes qui ne sont pas concernés par le traitement envisagé.
Il faut également tenir compte des risques de résidus et de contamination des produits de la ruche lorsqu’une substance est administrée à des animaux producteurs de denrées alimentaires.
Ces aspects doivent être évalués avant toute utilisation thérapeutique.
7. Et si les abeilles avaient réellement besoin d’un complément d’iode ?
La question mérite d’être posée.
Nous savons que les abeilles ont besoin de différents minéraux et oligoéléments pour assurer leurs fonctions physiologiques.
Nous savons également que les caractéristiques nutritionnelles du pollen varient selon les espèces végétales et les conditions environnementales.
En revanche, les connaissances disponibles ne permettent pas d’établir une concentration d’iode à ajouter systématiquement dans l’eau de boisson des abeilles.
Il manque notamment des données solides sur les besoins quantitatifs de chaque stade biologique, les éventuels effets de carences spécifiques et les conséquences d’une supplémentation prolongée.
Les recherches sur les préparations iodées constituent donc un sujet scientifique légitime.
Mais il existe une différence fondamentale entre identifier un nutriment potentiellement utile et démontrer qu’une supplémentation régulière améliore la santé des colonies.
L’absence de preuve d’un bénéfice n’est pas la preuve d’une absence totale d’intérêt. Mais elle ne justifie pas une expérimentation improvisée au rucher.
8. L’abeille préfère-t-elle vraiment l’eau sale ? Quand le purin devient plus attirant que l’eau claire
Une préférence qui intrigue les apiculteurs
Voilà une observation qui ne manque jamais de surprendre.
Installez un bel abreuvoir rempli d’eau fraîche à proximité d’un rucher. Quelques mètres plus loin, laissez une vieille flaque, une soucoupe contenant de l’eau stagnante ou un récipient dans lequel des végétaux ont macéré.
Il arrive que les abeilles délaissent ostensiblement votre installation pour se précipiter vers cette eau peu engageante.
De quoi vexer l’apiculteur qui vient de leur préparer un abreuvoir cinq étoiles !
Pourtant, ce comportement n’a rien d’irrationnel.
Les abeilles ne recherchent pas seulement de l’eau. Elles peuvent également y rechercher des éléments minéraux indispensables à leur physiologie.
Et c’est précisément ce qui rend certaines eaux troubles particulièrement intéressantes à leurs yeux.
L’eau, une source de minéraux souvent négligée
Le nectar et le pollen constituent les principales ressources alimentaires des colonies.
Ils fournissent notamment des glucides, des protéines, des lipides, des vitamines et différents minéraux.
Mais leur composition varie considérablement selon les espèces végétales, les sols et les saisons.
Certains éléments minéraux peuvent ainsi devenir relativement peu disponibles.
C’est particulièrement le cas du sodium, dont les concentrations sont généralement faibles dans les ressources florales.
Or, cet élément intervient dans plusieurs fonctions physiologiques, notamment dans les échanges ioniques et le fonctionnement des cellules nerveuses.
Les abeilles peuvent donc compléter leurs apports minéraux en prélevant de l’eau dans leur environnement.
Les flaques, les sols humides, les eaux de ruissellement et certaines eaux chargées en matières organiques peuvent constituer des sources de minéraux dissous.
Autrement dit, ce que nous considérons comme une eau sale peut parfois représenter, pour l’abeille, une ressource nutritionnelle complémentaire.
Ce que les chercheurs ont découvert
En 2016, des chercheurs ont étudié les préférences des abeilles collectrices d’eau pour différentes solutions minérales.
Leurs expériences ont notamment porté sur le sodium, le potassium et le magnésium.
Les résultats ont montré une sensibilité particulière aux solutions contenant du sodium et du magnésium.
À l’inverse, les solutions fortement concentrées en potassium ou en phosphates suscitaient généralement des réponses moins favorables.
Ces observations ont confirmé que les abeilles ne réagissent pas de manière identique à tous les minéraux.
Mais les chercheurs ont également constaté d’importantes différences entre individus.
Certaines abeilles semblent particulièrement attirées par des solutions salines que d’autres acceptent moins volontiers.
Cette diversité pourrait contribuer à expliquer pourquoi les collectrices d’eau d’une même colonie fréquentent plusieurs sources différentes.
Il faut toutefois préciser que ces essais mesuraient notamment des réponses gustatives en laboratoire. Ils ne constituent pas des recommandations de salinité pour les abreuvoirs.
Les préférences changent avec les saisons
Une autre étude, publiée en 2017, a apporté un éclairage supplémentaire.
Les chercheurs ont comparé les préférences minérales des abeilles pendant différentes périodes de l’année.
Ils ont observé une attirance relativement constante pour le sodium.
En revanche, les préférences concernant le calcium, le magnésium et le potassium variaient selon les saisons.
Ces éléments étaient davantage recherchés en automne, lorsque les ressources polliniques devenaient moins abondantes.
Ce résultat suggère que les abeilles pourraient adapter leur recherche de minéraux aux ressources disponibles et aux besoins nutritionnels de la colonie.
Il ne s’agit donc pas simplement d’une attirance pour une eau malodorante ou trouble.
Le comportement pourrait participer à une forme de régulation nutritionnelle.
Et le purin dans tout cela ?
Le terme « purin » mérite une précision.
Il peut désigner aussi bien une préparation végétale fermentée qu’un liquide provenant d’effluents d’élevage.
Ces produits présentent des compositions chimiques extrêmement différentes.
Ils peuvent contenir des sels minéraux, notamment du potassium et de l’azote sous différentes formes, mais également des substances indésirables.
Leur fermentation peut aussi modifier leur acidité et produire différents composés chimiques.
Il serait donc abusif de considérer que tous les purins attirent les abeilles ou leur sont bénéfiques.
Une eau légèrement enrichie en minéraux peut être attractive sans qu’un purin concentré soit souhaitable.
Et surtout, une préférence alimentaire ne constitue jamais une preuve d’innocuité.
Une abeille peut être attirée par une eau contenant des substances potentiellement dangereuses.
Les eaux issues d’effluents agricoles peuvent notamment présenter des risques microbiologiques ou chimiques.
Il ne faut donc pas confondre l’observation d’un comportement naturel avec une recommandation consistant à mettre du purin à disposition des colonies.
Une nuance supplémentaire : les abeilles ne préfèrent pas toujours l’eau trouble
La recherche invite d’ailleurs à se méfier des généralisations.
Les résultats des études sur les préférences hydriques ne sont pas tous identiques.
Selon la composition des eaux proposées, les conditions expérimentales et les concentrations minérales, les abeilles peuvent aussi privilégier des eaux faiblement minéralisées.
Ce n’est donc pas la saleté qui constitue nécessairement le facteur attractif.
C’est vraisemblablement une combinaison de caractéristiques chimiques, de besoins nutritionnels et de conditions environnementales.
La composition minérale de l’eau semble jouer un rôle important, mais elle n’explique pas nécessairement à elle seule tous les choix des butineuses.
Quel rapport avec notre question sur l’iode ?
C’est précisément ici que cette observation rejoint notre sujet initial.
Puisque les abeilles recherchent spontanément certains minéraux dans l’eau, pourrait-on imaginer qu’elles soient également capables de rechercher de l’iode lorsqu’elles en ont besoin ?
La question est scientifiquement légitime.
Mais, à ce jour, les travaux présentés ne permettent pas de démontrer l’existence d’une recherche spécifique d’iode chez l’abeille domestique.
Il serait donc prématuré d’assimiler l’attirance pour le sodium ou le magnésium à un éventuel besoin de supplémentation iodée.
Il faut également distinguer les différentes formes chimiques de l’iode, dont les propriétés biologiques et toxicologiques ne sont pas identiques.
La capacité des abeilles à rechercher certains minéraux ne signifie pas qu’elles savent éviter toutes les substances toxiques ni réguler parfaitement leur ingestion.
Alors, quelle eau leur proposer ?
Pour l’apiculteur, la conclusion est relativement simple.
Il n’est pas nécessaire de rechercher une eau parfaitement déminéralisée.
Une eau naturellement minéralisée, provenant d’une source fiable et exempte de contamination connue, convient généralement à l’approvisionnement des colonies.
L’abreuvoir doit rester accessible, être régulièrement entretenu et offrir des supports permettant aux abeilles de se poser sans se noyer.
Il n’est pas recommandé d’y ajouter du purin, des effluents d’élevage ou des préparations chimiques dans l’espoir d’améliorer l’attractivité de l’eau.
Quant à l’ajout volontaire de sels minéraux, il mérite la même prudence : les préférences observées expérimentalement ne définissent pas automatiquement une formulation optimale pour les colonies.
L’objectif n’est pas de fabriquer une eau artificiellement enrichie, mais de fournir une ressource sûre, disponible et adaptée aux besoins des abeilles.
Ce qu’il faut retenir
L’abeille n’a pas les mêmes critères de qualité de l’eau que l’être humain.
Une eau trouble peut lui apporter des éléments minéraux qu’elle recherche activement.
Mais une eau attractive n’est pas nécessairement une eau saine.
Et si les recherches démontrent que les abeilles peuvent sélectionner certaines ressources minérales, elles ne justifient pas pour autant l’ajout systématique d’iode dans leur abreuvoir.
En somme, les abeilles savent parfois mieux que nous où trouver leurs minéraux. Cela ne signifie pas qu’elles disposent d’un laboratoire d’analyses toxicologiques au bout de leurs antennes !
9. Ce que recommande MouchaMiel Magazine
Au regard des connaissances scientifiques actuellement disponibles, notre position est claire.
Ne pas ajouter systématiquement d’iode dans l’abreuvoir
Les études examinées ne démontrent pas qu’une supplémentation régulière de l’eau de boisson avec de l’iode améliore durablement la santé des colonies.
Elles concernent des préparations, des concentrations et des conditions expérimentales différentes.
Certaines mettent en évidence des effets bénéfiques potentiels ; d’autres révèlent des risques de toxicité.
Il n’existe donc pas, sur la base de ces travaux, de protocole validé permettant de recommander l’ajout d’iode dans un abreuvoir apicole.
Réserver les traitements sanitaires à un cadre adapté
En présence d’une maladie suspectée ou diagnostiquée, l’apiculteur doit privilégier une démarche sanitaire structurée.
Le technicien sanitaire apicole (TSA) peut intervenir dans le cadre de ses missions pour accompagner l’apiculteur, identifier les situations préoccupantes et orienter vers le vétérinaire lorsque cela est nécessaire.
L’utilisation d’un produit à visée thérapeutique doit respecter le cadre réglementaire applicable aux médicaments vétérinaires et aux animaux producteurs de denrées alimentaires.
Il ne faut notamment pas confondre un résultat publié dans une revue scientifique avec une autorisation de mise sur le marché (AMM).
En France, les médicaments vétérinaires autorisés et leurs conditions d’utilisation peuvent être consultés dans la base de l’ANMV, gérée par l’Anses. Les éventuels usages hors AMM relèvent d’un encadrement vétérinaire spécifique, et non d’une initiative individuelle fondée sur un dosage trouvé dans une publication. (Index des RCP)
Privilégier un abreuvoir propre et bien conçu
Pour l’approvisionnement quotidien, les mesures les plus simples restent les mieux justifiées.
Un abreuvoir adapté doit fournir une eau propre, non contaminée par des produits chimiques et facilement accessible.
Quelques pierres, des graviers ou des supports flottants permettent aux abeilles de se poser sans risque excessif de noyade.
Il convient également de renouveler l’eau et de nettoyer régulièrement le récipient afin de limiter les contaminations.
Enfin, installer le point d’eau dès le début de la saison facilite son adoption par les colonies. (UC Agriculture and Natural Resources)
10. Ce que la recherche doit encore nous apprendre
Les travaux consacrés à l’iode et aux abeilles soulèvent plusieurs questions intéressantes.
Peut-on réellement améliorer la résistance des colonies à certaines infections grâce à des préparations iodées ?
L’effet observé sur la survie des abeilles encagées se retrouve-t-il dans une colonie complète ?
Existe-t-il des concentrations qui présentent un intérêt biologique sans affecter le microbiote intestinal, l’apprentissage, le couvain ou la qualité du miel ?
Et surtout, les avantages éventuels sont-ils suffisamment importants pour justifier les risques ?
Ces questions nécessitent des essais rigoureux, reproductibles et conduits dans des conditions proches de la pratique apicole.
La santé d’une colonie dépend en effet d’un ensemble complexe de facteurs : génétique, qualité de l’alimentation, charge parasitaire, pathogènes, environnement et pratiques de conduite.
Une substance ne saurait remplacer, à elle seule, cette approche globale.
Conclusion : de l’eau pour les abeilles, de la prudence pour l’apiculteur
L’iode possède indiscutablement des propriétés antimicrobiennes.
Plusieurs études scientifiques montrent que certaines préparations iodées pourraient présenter un intérêt pour la recherche en santé apicole.
Les résultats concernant l’ascosphérose, la nosémose ou la survie des abeilles méritent d’être approfondis.
Mais les mêmes travaux révèlent aussi une réalité incontournable : selon les formulations et les concentrations, les composés iodés peuvent devenir toxiques pour les abeilles.
Surtout, aucune de ces expérimentations ne démontre qu’un ajout régulier d’iode dans l’abreuvoir constitue une pratique bénéfique et sûre.
Notre recommandation est donc simple :
Ne transformons pas l’abreuvoir en pharmacie expérimentale.
Une eau propre, disponible et régulièrement renouvelée constitue déjà un élément essentiel du bien-être des colonies.
Quant à l’iode, laissons la recherche préciser ses applications éventuelles avant d’envisager une utilisation thérapeutique.
Car en apiculture comme ailleurs, la prudence ne consiste pas à refuser les innovations, mais à s’assurer qu’elles apportent davantage de bénéfices que de risques.
Et vous, avez-vous entendu parler de l’utilisation de l’iode en apiculture ? Avez-vous connaissance d’expérimentations ou de publications complémentaires ? Partagez vos observations et vos sources en commentaire.
Sources et références scientifiques
Voici les principales références ayant servi à vérifier et enrichir cet article.
1. Vorobieva S. L. et al. (2022).
Influence of Prophylactic Preparations on the Growth Rate of Bee Colonies and the Level of their Honey Productivity in the Udmurt Republic.
Annals of Agri-Bio Research, 27(1), 87-91.
Cette publication présente les essais de préparations associant notamment ail et iode, ainsi que leurs effets observés sur le développement des colonies et la production de miel.
Consulter l’étude scientifique (PDF)
2. Abd El Monem et al. (2022).
Evaluating the Effectiveness of Different Chemicals in Treating Nosema spp. Honeybee (Apis mellifera) Colonies under Aswan Region Conditions.
Minia Journal of Agricultural Research and Development, 42(3), 229-255.
DOI : 10.21608/mjard.2022.267035
Étude portant notamment sur le Lugol et présentant à la fois des réductions de mortalité et de charge en spores ainsi que des effets mortels à concentration élevée.
Consulter l’étude sur la nosémose
3. Zastulka M. et al. (2025).
Experimental Investigation of the Antimicrobial Activity of the Preparation and Its Influence on the Viability of Honey Bees (Apis mellifera).
Scientific Horizons, 28(10), 9-20.
DOI : 10.48077/scihor10.2025.09
Recherche sur le Kombiyod évaluant son activité antimicrobienne et les effets de différentes concentrations sur la survie d’abeilles maintenues en laboratoire.
Consulter la publication scientifique
4. The Effects of Silver and Potassium Iodide on Honey Bee (Apis mellifera) Learning (2025).
Insects, 16(11), 1157.
DOI : 10.3390/insects16111157
Étude portant sur les effets de l’iodure de potassium et de l’iodure d’argent sur différentes capacités d’apprentissage des abeilles.
Lire l’étude sur l’apprentissage des abeilles
5. Alabama Cooperative Extension System.
Supplemental Feeding for Honey Bees.
Publication de vulgarisation technique consacrée notamment aux besoins en eau des abeilles et à la mise à disposition d’abreuvoirs adaptés.
Consulter les recommandations techniques
6. Anses — Agence nationale du médicament vétérinaire.
Index des médicaments vétérinaires autorisés en France.
Base officielle permettant de vérifier les autorisations et les conditions d’utilisation des médicaments vétérinaires.
Consulter la base officielle ANMV




