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Trois cadres pour piéger Varroa : l’étonnante méthode allemande du 3 × 9 jours

Il suffit parfois d’une phrase lancée au détour d’une conversation entre apiculteurs pour éveiller la curiosité : « Avec un cadre placé derrière une grille à reine et remplacé tous les neuf jours, on pourrait aspirer les varroas en trois passages… »

Aspirer les varroas ? L’image est saisissante. On imagine presque un petit appareil invisible parcourant la ruche pour débarrasser les abeilles de leur parasite. Pourtant, il n’est ici question ni de moteur, ni de tuyau, ni même d’un produit acaricide. Le seul “aspirateur” utilisé est le couvain lui-même.

Le principe paraît presque trop simple : enfermer temporairement la reine afin qu’elle ponde sur un seul cadre, attendre que ce cadre devienne l’unique endroit où se trouve du couvain prêt à être operculé, puis le retirer au moment où les varroas s’y sont concentrés pour se reproduire. L’opération est répétée trois fois, à neuf jours d’intervalle. À chaque passage, une nouvelle partie de la population parasitaire est ainsi capturée dans les cellules.

Mais peut-on réellement débarrasser une colonie de la majorité de ses varroas avec seulement trois cadres ? Est-il possible, dans certaines conditions, de réduire ou même d’éviter un traitement acaricide ? Et surtout, pourquoi ce rythme très précis de neuf jours ?

Derrière cette technique, souvent racontée de manière approximative, se cache une méthode allemande parfaitement structurée : le Bannwabenverfahren, littéralement le « procédé des cadres de confinement ». Son efficacité ne relève pas d’un tour de magie, mais d’une exploitation particulièrement ingénieuse du calendrier biologique de la reine, du couvain et de Varroa destructor. Pour la comprendre, il faut entrer quelques instants dans l’intimité de la ruche… et apprendre à raisonner comme le parasite.

L’histoire commence par un étrange « aspirateur à varroas »

La scène pourrait se dérouler à la fin d’une réunion apicole. On parle d’encagement de reine, de renouvellement des vieux cadres et de lutte contre Varroa destructor. Quelqu’un évoque alors un cadre entouré de grille à reine, remplacé trois fois à neuf jours d’intervalle. Les parasites seraient « aspirés » vers ce cadre, si bien qu’après trois retraits il deviendrait théoriquement possible de se passer de traitement.

L’image de l’aspirateur est séduisante. Elle est aussi dangereusement imprécise.

Il n’existe ici ni aspiration, ni substance attirante ajoutée par l’apiculteur, ni piège mécanique au fond de la ruche. Le procédé détourne simplement à son profit le besoin biologique le plus impérieux de la femelle varroa : pour se reproduire, elle doit pénétrer dans une cellule de couvain juste avant son operculation.

En obligeant la reine à pondre sur un seul cadre à la fois, l’apiculteur raréfie progressivement tout le couvain ouvert ailleurs dans la colonie. Le cadre autorisé devient alors le principal — puis presque l’unique — lieu de reproduction disponible. Les femelles varroas y entrent, les ouvrières ferment les cellules et l’apiculteur retire le cadre avant la naissance des jeunes abeilles. Les parasites se sont enfermés eux-mêmes dans le piège.

Le terme correct est méthode du cadre-piège à couvain. Son nom allemand, Bannwabenverfahren, pourrait être traduit par « procédé des cadres de confinement ». Le cadre sur lequel la reine est limitée est une Bannwabe ; une fois son couvain operculé et les varroas enfermés, il devient une Fangwabe, littéralement un « cadre de capture ».

Une méthode allemande née au temps de l’arrivée de Varroa

Le protocole classique a été décrit en 1988 par Volkmar Maul, A. Klepsch et U. Assmann-Werthmüller dans la revue scientifique Apidologie.[1] À cette époque, le parasite était encore couramment nommé Varroa jacobsoni dans la littérature européenne. La révision taxonomique intervenue plus tard a montré que le parasite dévastateur de l’abeille occidentale était principalement Varroa destructor.

Les auteurs allemands ne cherchaient pas un gadget, mais une véritable méthode de conduite intégrée pour des colonies fortement infestées. Leur idée était de transformer le cycle du couvain en outil sanitaire : restreindre temporairement la ponte, concentrer l’invasion des cellules, retirer le couvain infesté et, au passage, éliminer plusieurs vieux cadres destinés à la réforme.

Le procédé a ensuite été modélisé et évalué par d’autres équipes. Les travaux de Calis, Boot et Beetsma ont notamment étudié l’efficacité des différentes stratégies de piégeage dans le couvain.[2] Plus récemment, une expérimentation européenne conduite sur 370 colonies dans dix pays a comparé plusieurs formes d’interruption estivale du couvain, parmi lesquelles l’encagement de reine, le retrait total du couvain et le piégeage sur cadres.[3]

La méthode n’est donc pas une rumeur de rucher sortie d’un chapeau allemand. Elle possède une histoire scientifique de près de quarante ans.

Pour piéger Varroa, il faut d’abord penser comme lui

Le cycle du parasite comprend deux grandes périodes.

Pendant sa phase dite phorétique — on parle aujourd’hui aussi de phase de dispersion — la femelle varroa se trouve sur une abeille adulte. Elle s’y nourrit, se déplace dans la colonie et attend une occasion de rejoindre le couvain. La biologie de cette alternance entre abeille adulte et cellule operculée est décrite en détail dans la synthèse de Rosenkranz, Aumeier et Ziegelmann.[8]

Pour se reproduire, elle pénètre dans une cellule contenant une larve au dernier stade, peu avant que les ouvrières ne ferment cette cellule. Dans le couvain d’ouvrières, l’invasion se produit approximativement quinze à vingt heures avant l’operculation.[4] Les travaux conduits notamment par l’INRA d’Avignon ont également montré l’importance de ce bref intervalle précédant la fermeture de la cellule.[9] Une fois cachée sous la larve et la nourriture, la fondatrice reste enfermée avec la future nymphe. Elle commence sa reproduction dans cet espace clos et ses descendantes pourront sortir lorsque l’abeille adulte émergera.

Ce point est capital : une femelle varroa enfermée dans une cellule n’est pas encore éliminée. Si l’abeille naît, la fondatrice et une partie de sa descendance retrouvent la colonie. Le cadre-piège n’est efficace que si le couvain operculé est retiré avant toute émergence.

La méthode allemande agit donc en deux temps :

  1. elle concentre les varroas dans quelques cadres déterminés ;
  2. elle retire physiquement ces cadres avant que le piège ne se rouvre.

Voilà pourquoi le calendrier n’est pas une commodité. Il constitue le mécanisme même du traitement zootechnique.

La cage n’emprisonne pas la reine comme une boîte d’allumettes

Le matériel traditionnel est une cage d’isolation d’un cadre entier. Deux grilles à reine enveloppent les deux faces d’un cadre de corps. Les ouvrières peuvent passer à travers les ouvertures, soigner la reine et entretenir le couvain. La reine, plus volumineuse, reste cantonnée sur le rayon choisi.

Elle n’est donc pas immobilisée dans une petite cage d’introduction : elle continue à marcher, à être nourrie et à pondre sur plusieurs milliers de cellules. Cette différence réduit certains effets d’un blocage de ponte intégral, même si toute manipulation prolongée de la reine comporte un risque.

On trouve différents noms commerciaux pour ces cages : isolateur un cadre, cage de confinement, cage Quarti, cadre Menna ou autres variantes. Ces appellations désignent du matériel ; elles ne suffisent pas à identifier le protocole.

Le dispositif allemand classique est placé verticalement au centre du nid à couvain. La description d’un rayon mis à plat au-dessus d’une grille à reine correspond probablement à une variante matérielle, voire à un mélange avec une autre méthode telle que le blocage horizontal de type Campese. Ce dernier emploie également un rayon-piège, mais son calendrier et son association fréquente avec un traitement en absence de couvain diffèrent. Le rythme « trois fois neuf jours », lui, désigne sans grande ambiguïté le Bannwabenverfahren classique.

Pourquoi préparer trois cadres — et pas un seul ?

Au début de l’opération, la ruche contient encore du couvain ouvert et du couvain operculé répartis sur plusieurs cadres. Les varroas ne sont donc pas immédiatement contraints de rejoindre le premier cadre-piège.

Pendant que la reine pond sur le cadre A, les larves déjà présentes ailleurs continuent leur développement. Neuf jours plus tard, une partie de ce couvain est encore ouverte ou vient seulement d’être operculée. Il faut déplacer la reine sur un cadre B, puis sur un cadre C, afin de maintenir une offre continue de jeunes larves pendant que le reste du couvain de la colonie termine son cycle.

Les trois cadres se succèdent comme trois sas. À mesure que le couvain ordinaire disparaît, le courant parasitaire se concentre de plus en plus vers eux.

Le principe est élégant, mais il faut accepter sa conséquence : trois cadres de couvain d’ouvrières seront sacrifiés. Les cellules operculées ne peuvent pas être simplement remises dans la ruche. Le moyen le plus sûr est de faire fondre les rayons, ce qui détruit le couvain et les parasites tout en permettant de récupérer la cire lorsque son état sanitaire le permet.

Le protocole classique, de J0 à J36

L’expression « trois passages tous les neuf jours » laisse croire à trois ouvertures et à une opération terminée en vingt-sept jours. Le protocole complet demande en réalité cinq rendez-vous et ne s’achève qu’au retrait du dernier cadre, à J36.[5]

JourReine et cageCadres à couvainOpération essentielle
J0Reine placée sur le cadre A dans l’isolateurA reçoit la ponteInstallation au centre du nid à couvain
J9Reine transférée sur BA est sorti de la cage mais reste dans la rucheMarquer A et rechercher d’éventuelles cellules royales
J18Reine transférée sur CA est operculé ; B sort de la cageRetirer et détruire A ; marquer B
J27Reine libérée dans la colonieB est operculé ; C sort de la cageRetirer et détruire B ; laisser C terminer son operculation
J36Reine libre et ponte redevenue normaleC est operculéRetirer et détruire C ; contrôler la colonie

J0 : installer le premier piège

La colonie doit être suffisamment forte, saine et pourvue d’une reine en état de pondre. Une reine marquée simplifie considérablement la manipulation.

Le cadre A doit offrir une surface importante de cellules d’ouvrières disponibles. Un rayon bâti, vide et sain est préférable à une simple feuille de cire, car le temps de construction retarderait la ponte et perturberait le calendrier. Le cadre est placé dans la cage avec la reine, puis installé au cœur du nid à couvain.

Il faut vérifier méticuleusement l’étanchéité de l’isolateur : une ouverture laissant passer la reine ruinerait le principe de concentration de la ponte.

J9 : déplacer la reine, mais conserver A

Au neuvième jour, la reine est transférée sur le cadre B. Le cadre A contient normalement des œufs et des larves de différents âges. Il est sorti de l’isolateur, marqué clairement, puis replacé au contact du nid à couvain afin que les ouvrières poursuivent l’élevage et ferment les cellules.

Il ne faut pas détruire A à J9. À ce stade, une grande partie du couvain est encore ouverte ; les varroas ne sont pas tous enfermés. Le cadre doit rester neuf jours supplémentaires.

Cette visite est aussi l’occasion de rechercher les cellules royales éventuellement élevées sur les dernières jeunes larves situées hors de la cage. La reine est toujours présente, mais la restriction de sa ponte peut provoquer une réponse de remérage dans certaines colonies.

J18 : le premier cadre devient réellement un piège

À J18, le couvain de A est operculé. Les varroas entrés dans les cellules y sont prisonniers : A peut être retiré et fondu.

La reine quitte B pour rejoindre C. B est à son tour sorti de la cage, marqué et laissé dans la ruche afin que son couvain soit operculé.

J27 : libérer la reine sans oublier le troisième cadre

À J27, le cadre B est retiré et détruit. La reine est libérée dans l’ensemble du corps et l’isolateur peut être enlevé.

Le cadre C n’est toutefois pas encore prêt à être retiré. Il reste dans la colonie pendant neuf jours supplémentaires afin que les dernières cellules soient operculées et piègent les varroas qui les ont envahies.

J36 : retirer le dernier réservoir

Le cadre C est enfin retiré. C’est seulement à ce moment que l’opération est terminée.

Oublier ce dernier retrait serait particulièrement fâcheux : le cadre destiné à capturer les parasites deviendrait, à l’émergence du couvain, une petite fabrique à varroas soigneusement préparée par l’apiculteur lui-même. La méthode tolère donc mal les agendas artistiques.

Pourquoi neuf jours ?

Neuf jours constituent un compromis entre plusieurs horloges biologiques :

  • laisser à la reine le temps de garnir une grande surface du cadre ;
  • maintenir en permanence du couvain ouvert attractif ;
  • déplacer la reine avant l’operculation d’une trop grande part du cadre ;
  • conserver le cadre sorti de cage assez longtemps pour enfermer les fondatrices ;
  • le retirer suffisamment tôt pour empêcher toute émergence.

Une variante en quatre séquences de sept jours existe. Elle multiplie les interventions mais conserve un rythme plus serré. D’autres variantes emploient deux périodes de douze jours ou un confinement prolongé sur un seul cadre. Elles ne sont pas interchangeables au hasard : modifier la durée change la distribution des âges larvaires, le moment de l’invasion et le risque de naissance du couvain infesté.

La fiche technique issue du National Bee Unit britannique admet qu’une séquence de neuf jours puisse exceptionnellement atteindre dix jours, mais rappelle que deux retards successifs ne doivent pas conduire à laisser naître le couvain avec les parasites capturés.[5] Pour un protocole collectif ou une démonstration de GDSA, mieux vaut enseigner un calendrier fixe que transformer la biologie de l’abeille en exercice d’improvisation.

Quelle efficacité peut-on réellement attendre ?

Une revue scientifique publiée dans Apidologie indique que le piégeage sur couvain peut atteindre environ 95 % d’efficacité lorsqu’il est correctement conduit et que la reine dispose d’une surface suffisante de cellules d’ouvrières.[6]

Ce chiffre doit être lu correctement.

Il ne signifie pas que chaque apiculteur retirera automatiquement 95 varroas sur 100. L’efficacité dépend notamment :

  • du respect rigoureux des dates ;
  • de la quantité de cellules disponibles sur chaque cadre ;
  • de la ponte réelle de la reine ;
  • de l’absence de couvain attractif ailleurs ;
  • de l’absence de naissance sur les cadres-pièges ;
  • de la force et de la dynamique de la colonie ;
  • de la pression initiale ;
  • de la réinfestation depuis d’autres colonies.

L’étude européenne coordonnée par Ralph Büchler et Antonio Nanetti a évalué différentes interruptions estivales de couvain pendant deux saisons, sur 370 colonies et onze sites répartis dans dix pays. Elle conclut que les méthodes purement biotechnologiques de piégeage sur cadre et de retrait du couvain contribuent efficacement au contrôle de Varroa, avec des résultats qui ne différaient pas significativement des groupes associant encagement et acide oxalique dans les conditions de l’essai.[3]

Cette validation est importante, mais elle ne transforme pas une efficacité moyenne en garantie individuelle. Une colonie n’est pas une éprouvette et un rucher n’est pas une forteresse : les varroas circulent avec les abeilles, la dérive et le pillage.

Peut-on vraiment se passer de traitement ?

La réponse honnête est : parfois, mais jamais sur la seule foi du calendrier.

Le cadre-piège est une méthode zootechnique. Il retire physiquement une grande quantité de parasites et crée une rupture de couvain. Dans certaines situations, le niveau résiduel mesuré après l’opération peut être suffisamment faible pour ne pas justifier immédiatement un médicament acaricide.

Mais la phrase « trois cadres et plus besoin de traiter » confond une possibilité avec une certitude.

Il faut distinguer trois décisions :

  1. appliquer correctement la méthode ;
  2. mesurer ce qu’elle a réellement produit ;
  3. décider, à partir du niveau résiduel et de la période, si une intervention complémentaire est nécessaire.

Le contrôle avant et après l’opération est donc indispensable : lavage à l’alcool ou au détergent sur un échantillon d’abeilles, comptage au sucre glace lorsque le protocole est maîtrisé, suivi des chutes naturelles interprété avec prudence, ou méthode retenue dans le programme sanitaire local.

Les seuils d’intervention varient selon la saison, la méthode de comptage, la région et les objectifs sanitaires. Ils doivent être ceux du PSE, du vétérinaire ou de l’organisme sanitaire compétent. Si un médicament est nécessaire, il doit être autorisé et utilisé conformément à son résumé des caractéristiques, à la prescription et aux règles applicables.

Le cadre-piège peut donc permettre une conduite sans acaricide dans certaines colonies et certaines années. Il ne saurait devenir un alibi pour supprimer la mesure de l’infestation.

Ce que la méthode apporte au-delà de Varroa

Un renouvellement programmé des rayons

Les trois cadres retirés peuvent être choisis parmi les vieux rayons que l’apiculteur souhaitait réformer. Le bénéfice est double : retirer les varroas et accélérer le renouvellement du corps de ruche.

Il faut cependant travailler avec des cadres sains, sans signe de maladie du couvain. Un vieux rayon suspect n’est pas un outil de prophylaxie mais un problème sanitaire en attente d’un véhicule.

Une moindre dépendance aux molécules

La méthode n’exerce pas de pression de sélection chimique sur le parasite et ne laisse pas de résidu acaricide dans la cire ou les produits de la ruche. Elle peut s’intégrer à une stratégie de réduction raisonnée des médicaments, sans opposer artificiellement biotechnie et médecine vétérinaire.

Une intervention compatible avec certaines périodes de miellée

Puisqu’aucune substance n’est appliquée, le piégeage sur couvain peut être envisagé dans des périodes où un médicament serait incompatible avec la présence de hausses. Cela ne dispense pas de réfléchir aux effets de la restriction de ponte sur la dynamique de la colonie et sur les objectifs de production.

Une meilleure lecture de la colonie

Le protocole oblige à suivre précisément la reine, l’âge du couvain et les dates. Bien conduit, il transforme l’apiculteur en observateur plus rigoureux. Mal conduit, il transforme trois cadres en calendrier de l’Avent pour varroas. La pédagogie fait donc partie de l’outil.

Les coûts cachés d’une méthode sans médicament

« Sans traitement chimique » ne signifie pas « sans coût ».

Trois cadres de futures abeilles sont perdus

Le sacrifice de trois cadres de couvain réduit la production de jeunes abeilles. L’effet peut rester acceptable sur une colonie forte au bon moment, mais devenir pénalisant sur une colonie faible ou lorsque commence l’élevage des abeilles d’hiver.

La reine doit être retrouvée et manipulée plusieurs fois

La reine est capturée ou transférée à J0, J9 et J18, puis libérée à J27. Chaque manipulation comporte un risque de blessure, de perte ou de remérage. Une reine marquée, un matériel bien conçu et des gestes calmes ne sont pas des raffinements.

Les dates sont non négociables

Une pluie persistante, un déplacement professionnel ou une transhumance mal placée peuvent faire dérailler le protocole. Avant de commencer, il faut inscrire J0, J9, J18, J27 et J36 dans l’agenda et prévoir une solution de remplacement.

La cire et le couvain retirés doivent être gérés

Les cadres operculés contiennent des abeilles en développement et une forte concentration de parasites. Ils ne doivent pas rester accessibles aux abeilles ni être stockés négligemment. La fonte rapide est la solution la plus cohérente avec l’objectif de renouvellement des rayons.

La réinfestation reste possible

Une colonie fortement assainie peut récupérer des varroas par dérive ou pillage, particulièrement à la fin de l’été lorsque des colonies voisines s’effondrent. La méthode réduit une population interne ; elle ne place pas le rucher sous cloche.

En montagne, le calendrier compte encore davantage

Dans une apiculture de plaine à saison longue, une interruption estivale de ponte peut être absorbée par une colonie robuste. À mille mètres d’altitude, le raisonnement change.

La saison de production est plus courte, les nuits fraîches reviennent tôt et la constitution de la génération d’hiver peut commencer alors que la montagne semble encore en été. Engager trente-six jours de protocole trop tard pourrait réduire la cohorte d’abeilles appelée à hiverner.

Il n’existe donc pas une date universelle valable de l’Ardèche à la Haute-Loire, et moins encore de la vallée du Rhône aux plateaux du Meygal. Le bon raisonnement consiste à partir :

  • de la fin réelle des miellées locales ;
  • de la force de la colonie ;
  • de l’âge de la reine ;
  • du niveau d’infestation mesuré ;
  • de la date habituelle d’élevage des abeilles d’hiver ;
  • des cinq interventions effectivement possibles jusqu’à J36.

Pour le GDSA43, cette méthode mériterait d’abord un essai encadré sur quelques colonies fortes, avec protocole commun, comptage avant et après, relevé de la surface de couvain, suivi de l’hivernage et comparaison avec des colonies témoins. Le sujet est idéal pour un rucher-école ou un atelier de TSA : il associe biologie, manipulation de reine, prophylaxie, renouvellement des cires et production de données locales.

Ne pas confondre quatre méthodes voisines

MéthodeCe que fait la reineCe qui piège ou expose VarroaFin de l’opération
Cadre-piège 3 × 9 joursElle pond successivement sur trois cadres isolésLes varroas sont enfermés dans le couvain retiréRetrait du troisième cadre à J36
Encagement total de reineElle ne pond plus pendant environ un cycle de couvainLes varroas deviennent majoritairement phorétiquesTraitement éventuel en absence de couvain selon protocole
Retrait total du couvainElle peut reprendre rapidement sa ponteLe couvain retiré emporte une grande part des parasitesGestion des cadres retirés et contrôle résiduel
Découpe du couvain mâleElle reste libre dans la ruchePréférence de Varroa pour le couvain de mâlesRetraits répétés des zones operculées

Le simple encagement de reine ne piège pas à lui seul les varroas dans trois cadres. Il crée surtout une période sans couvain, pendant laquelle les parasites présents sur les abeilles deviennent plus accessibles à certains médicaments. La fiche technique de GDS France consacrée à l’encagement rappelle cette logique de rupture du cycle.[7]

De même, le retrait du couvain mâle constitue une mesure utile de réduction au printemps, mais il ne concentre pas toute la ponte de la reine et n’atteint généralement pas l’efficacité du protocole classique sur couvain d’ouvrières.[6]

Le matériel minimal pour un essai sérieux

Avant de commencer, il faut disposer de :

  • une colonie forte et saine ;
  • une reine marquée, jeune ou au moins en bon état de ponte ;
  • une cage d’isolation parfaitement adaptée au format des cadres ;
  • trois cadres bâtis, vides, sains et offrant suffisamment de cellules d’ouvrières ;
  • trois repères très visibles A, B et C ;
  • un calendrier écrit jusqu’à J36 ;
  • le matériel permettant de mesurer l’infestation ;
  • une solution immédiate pour fondre ou sécuriser les cadres retirés ;
  • une fiche de suivi par colonie.

La fiche devrait enregistrer au minimum : date et heure de chaque intervention, état de la reine, surface pondue, surface operculée, présence de cellules royales, nombre de varroas mesuré avant et après, observations à la reprise de ponte et état de la colonie avant hivernage.

Les erreurs qui transforment le piège en élevage de varroas

  1. Utiliser un cadre non bâti. La construction retarde la ponte et réduit la surface disponible.
  2. Laisser une fuite dans la cage. La reine pond ailleurs et disperse les sites attractifs.
  3. Retirer A dès J9. Le couvain n’est pas encore suffisamment operculé pour avoir capturé les fondatrices.
  4. Oublier C après la libération de la reine. À l’émergence, le cadre relâche les varroas et leur descendance.
  5. Commencer sur une colonie faible. La perte de couvain peut compromettre son redressement.
  6. Démarrer trop tard. Les cadres sacrifiés peuvent contenir une part importante des futures abeilles d’hiver.
  7. Confondre efficacité théorique et résultat réel. Sans comptage final, l’apiculteur ignore ce qui reste.
  8. Ignorer le voisinage sanitaire. Une forte réinfestation peut effacer rapidement une partie du bénéfice.

Une méthode fascinante parce qu’elle inverse le rapport de force

La plupart des traitements cherchent à atteindre Varroa là où il se trouve. Le Bannwabenverfahren procède à l’inverse : il organise la colonie de manière que le parasite choisisse lui-même la mauvaise porte.

Le varroa croit rejoindre une cellule où sa descendance pourra se développer. Il rencontre un cadre condamné à quitter la ruche. L’apiculteur ne poursuit plus chaque acarien ; il façonne le paysage reproductif du parasite.

Cette intelligence biologique explique la puissance pédagogique de la méthode. Elle montre qu’une lutte intégrée ne consiste pas seulement à alterner des molécules. Elle peut s’appuyer sur le temps, la ponte, l’architecture du nid et le comportement du parasite.

Mais l’élégance du principe ne doit pas dissimuler la discipline du geste. Trois cadres ne font pas disparaître magiquement « tous » les varroas. Trois périodes de neuf jours ne terminent pas l’opération à J27. Et une forte réduction ne dispense jamais de vérifier le niveau résiduel.

Le cadre-piège n’est donc ni une recette miracle ni une curiosité allemande. C’est un outil exigeant de prophylaxie, particulièrement intéressant pour les petits ruchers, les ruchers-écoles et les programmes collectifs capables de documenter leurs résultats.

En somme, il n’aspire pas Varroa. Il fait mieux : il exploite son besoin de se reproduire pour le conduire exactement là où l’apiculteur pourra l’emporter.


Encadré pratique — Le protocole en une minute

J0 : reine sur A dans l’isolateur.
J9 : reine sur B ; A reste dans la ruche.
J18 : retirer A ; reine sur C ; B reste dans la ruche.
J27 : retirer B ; libérer la reine ; C reste dans la ruche.
J36 : retirer C et contrôler la colonie.
Avant et après : mesurer l’infestation.
Toujours : adapter la décision finale au PSE et au conseil sanitaire local.


Références scientifiques et techniques

  1. Maul V., Klepsch A., Assmann-Werthmüller U. (1988). « Das Bannwabenverfahren als Element imkerlicher Betriebsweise bei starkem Befall mit Varroa jacobsoni Oud. » Apidologie, 19(2), 139-154. https://doi.org/10.1051/apido:19880204
  2. Calis J.N.M., Boot W.J., Beetsma J. (1999). « Model evaluation of methods for Varroa jacobsoni mite control based on trapping in honey bee brood. » Apidologie, 30, 197-207. https://doi.org/10.1051/apido:19990209
  3. Büchler R., Uzunov A., Kovačić M. et al. (2020). « Summer brood interruption as integrated management strategy for effective Varroa control in Europe. » Journal of Apicultural Research, 59(5), 764-773. https://doi.org/10.1080/00218839.2020.1793278
  4. Vilarem C., Piou V., Vogelweith F., Vétillard A. (2021). « Varroa destructor from the laboratory to the field: control, biocontrol and IPM perspectives — a review. » Insects, 12(9), 800. https://doi.org/10.3390/insects12090800
  5. National Bee Unit / Food and Environment Research Agency. « Queen Trapping — Fact Sheet 17 ». Protocole pratique J0-J36. https://irishbeekeeping.ie/wp-content/uploads/2025/02/Fact_Sheet_17_Queen_Trapping_FV.pdf
  6. Bubnič J., Moosbeckhofer R., Prešern J. et al. (2021). « Three pillars of Varroa control. » Apidologie, 52, 1305-1333. https://doi.org/10.1007/s13592-021-00903-4
  7. GDS France. « Varroa destructor : fiches techniques — L’encagement de reine ». https://www.gdsfrance.org/varroa-destructor-fiches-techniques/
  8. Rosenkranz P., Aumeier P., Ziegelmann B. (2010). « Biology and control of Varroa destructor. » Journal of Invertebrate Pathology, 103, S96-S119. https://doi.org/10.1016/j.jip.2009.07.016
  9. Salvy M., Martin C., Bagnères A.-G. et al. (2001). « Modifications of the cuticular hydrocarbon profile of Apis mellifera worker bees in the presence of the ectoparasitic mite Varroa jacobsoni in brood cells. » Parasitology, 122(2), 145-159. https://doi.org/10.1017/S0031182001007181

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