Depuis l’arrivée de Varroa destructor, la vie de l’apiculteur a changé. Loin de se limiter à la récolte et au suivi des colonies, il faut désormais composer avec un parasite redoutable, capable d’anéantir une ruche entière. Face à ce fléau, deux voies se dessinent : d’un côté les traitements disposant d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM), validés scientifiquement et encadrés par la loi ; de l’autre, des pratiques traditionnelles ou alternatives comme l’usage du thym, des acides organiques ou encore de techniques mécaniques issues de l’expérience des anciens.
Faut-il voir ces approches comme concurrentes, ou plutôt comme complémentaires ? Cet article explore les différences entre ces méthodes, leur cadre réglementaire, et la manière dont elles peuvent s’articuler pour assurer la santé des abeilles sans compromettre ni la légalité ni l’efficacité.
Le cadre légal : les traitements avec AMM
En apiculture, la lutte contre Varroa destructor repose avant tout sur les médicaments vétérinaires disposant d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM).
Ces produits sont évalués par l’ANSES pour garantir trois points essentiels :
- efficacité contre le varroa,
- innocuité pour l’abeille,
- absence de résidus dans le miel et la cire.
Travailler avec ces traitements, c’est rester dans un cadre légal, reconnu et contrôlable, qui sécurise à la fois l’apiculteur et le consommateur.
Les méthodes traditionnelles et naturelles
Parallèlement, de nombreux apiculteurs continuent de s’appuyer sur des substances d’origine naturelle ou des pratiques dites « traditionnelles » :
- Acide oxalique : utilisé depuis longtemps en dégouttement ou sublimation, avec aujourd’hui des présentations ayant obtenu une AMM (Apibioxal®, Varromed®).
- Thym et huiles essentielles : le thymol est la molécule active d’Apiguard® ou Thymovar®, mais certains préfèrent recourir à des préparations artisanales, souvent moins standardisées.
- Acide formique, acide lactique : employés en Europe, avec des AMM variables selon les pays.
- Méthodes mécaniques : retrait de couvain de mâles, division des colonies, encagement temporaire de la reine.
Ces alternatives traduisent une volonté de limiter l’usage des molécules de synthèse, de diversifier les leviers d’action et d’anticiper les résistances du varroa.
Encadré pratique : principaux traitements avec AMM en France
Amitraz
- Apivar® (lanières imprégnées)
→ Utilisation : en fin d’été, à laisser en ruche plusieurs semaines.
→ Atout : efficacité élevée.
→ Limite : résistances observées localement.
Acides organiques
- Apibioxal® (acide oxalique)
→ Dégouttement, sublimation ou pulvérisation.
→ Idéal en hiver, sans couvain. - Varromed® (acide oxalique + acide formique)
→ Utilisation au printemps ou en automne, même en présence de couvain. - MAQS® (acide formique)
→ Plaquettes à diffusion lente.
→ Efficace aussi sur les varroas présents dans le couvain.
Huiles essentielles
- Apiguard® (gel de thymol)
→ Application après récolte, par températures modérées (15–25 °C). - Thymovar® (plaquettes de thymol)
→ Diffusion progressive, conditions similaires à Apiguard®.
À retenir :
- L’AMM est obligatoire : tout autre produit artisanal est hors cadre légal.
- Alterner les familles de produits (amitraz, acides organiques, thymol) limite les résistances.
- Les méthodes traditionnelles restent utiles en appui (division, retrait de couvain, encagement de reine).
Concurrence ou complémentarité ?
Plutôt que de les opposer, beaucoup d’apiculteurs choisissent une stratégie combinée :
- un traitement avec AMM après récolte1,
- renforcé par un passage à l’acide oxalique en hiver,
- complété par une gestion mécanique du varroa (couvain mâle, divisions).
Cette approche cumulative renforce la durabilité, réduit la charge parasitaire et diversifie les moyens d’action.
Conclusion
Les traitements avec AMM apportent la sécurité juridique et sanitaire. Les méthodes traditionnelles, elles, incarnent l’expérience de terrain et l’inventivité des apiculteurs.
Le futur de l’apiculture ne se joue pas dans une opposition stérile, mais dans une complémentarité raisonnée : conjuguer rigueur réglementaire et savoir-faire empirique, tout en intégrant d’autres leviers essentiels. Les méthodes zootechniques – retrait du couvain de mâles, encagement de la reine, divisions – ainsi que les progrès de la sélection génétique (colonies VSH, comportements hygiéniques) enrichissent l’arsenal disponible.
C’est dans cette combinaison de moyens, sanitaires, génétiques et pratiques, que se construit une apiculture durable, où l’apiculteur orchestre les solutions plutôt que de les opposer, pour que les abeilles sortent gagnantes.
- Les médicaments vétérinaires à usage apicole (Apivar®, Apibioxal®, Varromed®, Apiguard®, Thymovar®, MAQS®, etc.) sont réservés à la distribution par des professionnels habilités.
Conformément au Code rural et à la réglementation de la pharmacie vétérinaire, ils peuvent être obtenus :
Chez un vétérinaire (prescripteur ou distributeur direct) ;
En pharmacie d’officine, sur présentation d’une ordonnance vétérinaire ;
Via une coopérative ou un GDSA (Groupement de Défense Sanitaire Apicole) ayant passé une convention sanitaire avec un vétérinaire conseil, dans le cadre du Plan Sanitaire d’Élevage (PSE).
Les produits avec AMM sont listés par l’ANSES-ANMV (Agence nationale du médicament vétérinaire) :
🔗 www.anses.fr/fr/content/base-de-donnees-des-medicaments-veterinaires
Rechercher par mot-clé “Apiculture” ou “Varroa destructor” pour accéder à la base officielle des produits autorisés.
💡 À retenir :
Tout produit sans AMM, même “naturel”, ne peut être ni commercialisé, ni utilisé pour la lutte contre le varroa en dehors du cadre expérimental.
L’achat sur internet (hors réseau vétérinaire ou apicole agréé) expose à des produits contrefaits ou non conformes, sans garantie d’efficacité ni de sécurité pour le miel. ↩︎




