Sélection apicole : sortir du mythe, construire le collectif
Depuis quelques années, la sélection apicole est devenue un terrain de promesses rapides. Des lignées présentées comme « VSH », « résistantes » ou « naturellement tolérantes au varroa » circulent sur le marché européen, souvent accompagnées d’un discours simplifié, voire marketing, laissant entendre qu’une solution génétique clé en main serait désormais disponible.
Cette approche pose un double problème.
D’un point de vue scientifique, elle réduit un phénotype comportemental complexe, issu de mécanismes haplodiploïdes et d’interactions sociales fines, à un label commercial.
D’un point de vue apicole, elle entretient l’illusion qu’il suffirait d’acheter une reine pour résoudre un problème systémique.
Or la biologie des abeilles ne fonctionne pas ainsi.
La sélection généalogique chez une espèce haplodiploïde comme Apis mellifera ne peut être ni instantanée, ni individuelle, ni déconnectée du territoire. Elle exige du temps, des effectifs, des protocoles comparables — et surtout des données. Sans traçabilité, sans tests de descendance et sans mutualisation des résultats, toute prétention à la résistance durable relève davantage du récit que de la sélection.
C’est précisément pour répondre à cette impasse que des initiatives comme ARISTA ont émergé en Europe : non pas pour standardiser les abeilles, mais pour standardiser les méthodes, partager les données, comparer les lignées et reconstruire une sélection fondée sur des faits observables et transmissibles. L’enjeu n’est pas de créer une abeille unique, mais de rendre lisible, cumulable et exploitable ce que chaque territoire produit comme connaissance génétique.
Pour autant, défendre une approche structurée et mutualisée ne signifie pas nier la légitimité de la sélection locale. Bien au contraire. La sélection de proximité est indispensable à l’adaptation environnementale, sanitaire et climatique. Mais elle ne peut produire des résultats robustes que si elle s’inscrit dans un cadre collectif : protocoles communs, indicateurs partagés, bases de données interopérables.
La sélection apicole ne manque ni de passion, ni de compétences de terrain.
Ce qui lui fait défaut aujourd’hui, ce n’est pas l’engagement individuel, mais l’architecture scientifique collective permettant de transformer des observations isolées en progrès génétique réel.
Comprendre l’haplodiploïdie, maîtriser les outils de la sélection généalogique et refuser les raccourcis marketing n’est donc pas un luxe intellectuel. C’est la condition minimale pour construire, à l’échelle française et européenne, une apiculture résiliente, souveraine — et enfin cohérente avec la biologie de l’abeille.
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