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Trois tests clés pour sélectionner des abeilles résistantes au varroa : Pin-test, VSH et SMR

Dans la lutte contre Varroa destructor, parasite redouté de l’abeille (Apis mellifera), l’apiculteur dispose d’outils de sélection comportementale et biologique pour repérer les colonies naturellement résistantes. Trois tests, complémentaires et souvent confondus, permettent d’évaluer différentes formes de défense :

  • le Pin-test ou test hygiénique classique,
  • le test VSH (Varroa Sensitive Hygiene),
  • et le test SMR (Suppressed Mite Reproduction).

Ces outils sont particulièrement utiles dans une démarche de sélection généalogique raisonnée, visant à stabiliser des lignées plus résilientes au sein du cheptel.


1. Le Pin-test : un test d’hygiène général

Le Pin-test1 consiste à percer environ 100 cellules operculées avec une aiguille fine, afin de simuler une anomalie (mort larvaire, infection, stress cellulaire). Cette perturbation déclenche, chez les ouvrières hygiéniques, un comportement de désoperculation et de nettoyage.

➕ Avantages :

  • Simple et rapide à réaliser,
  • Très reproductible, utile pour du criblage à grande échelle.

➖ Limites :

  • Ne cible pas spécifiquement le varroa,
  • Peut donner de faux positifs (réaction à toute anomalie, pas forcément parasitaire).

🔍 Remarque : Ce test ne nécessite pas forcément de tuer la nymphe, mais dans la pratique, la piqûre atteint souvent le corps larvaire, ce qui suffit à déclencher la réaction hygiénique.


2. Le test VSH : observer la réaction spécifique au varroa

Le test VSH2 consiste à repérer les cellules naturellement infestées que les abeilles ont désoperculées ou nettoyées. On cible le stade nymphe aux yeux violets (jour 13-14), moment où la présence du varroa et de sa descendance est facilement vérifiable.

➕ Avantages :

  • Mesure directe d’un comportement ciblé anti-varroa,
  • Reflète une capacité réelle à interrompre la reproduction du parasite.

➖ Limites :

  • Nécessite un taux d’infestation suffisant,
  • Demande une observation attentive et répétée.

🧬 Ce test est central dans la sélection fine de lignées résistantes. Il peut être combiné à un test de descendance pour valider le caractère héréditaire du comportement observé.


3. Le test SMR : mesurer l’échec reproductif du varroa

Le test SMR3 n’évalue pas une action visible des abeilles, mais une forme de résistance passive : dans certaines colonies, la reproduction du varroa est perturbée. On ouvre des cellules infestées au stade nymphe, et on observe si la femelle fondatrice a produit une descendance viable (au moins un mâle et une femelle mature).

➕ Avantages :

  • Permet d’identifier des lignées tolérantes, même sans comportement hygiénique actif,
  • Mesure directe de l’échec reproductif du parasite.

➖ Limites :

  • Très technique, long à mettre en œuvre,
  • Réservé à la sélection généalogique avancée.

🧪 Le comportement SMR4 semble lié à des interactions physiologiques entre l’abeille et le parasite, encore mal élucidées, et pourrait impliquer une incapacité du varroa à achever son cycle malgré sa présence dans la cellule.


Comparatif synthétique des trois tests

CritèrePin-testTest VSHTest SMR
Type de testSimulation d’anomalieObservation comportementale réelleObservation biologique
Spécificité varroa❌ Non✅ Oui✅ Oui
Stade cibléTout couvain operculéNymphe aux yeux violetsNymphe avec varroa
Facilité de mise en œuvre⭐⭐⭐⭐⭐⭐⭐⭐
Objectif principalDépistage hygiéniqueSélection comportementale cibléeConfirmation de résistance passive
Besoin de varroas❌ Non✅ Oui✅ Oui

Conclusion : des outils complémentaires pour une sélection durable

Ces trois tests ne s’opposent pas : ils se complètent.

  • Le Pin-test est idéal pour un criblage rapide sur un grand nombre de colonies,
  • Le test VSH affine la sélection comportementale en conditions naturelles,
  • Le test SMR permet de détecter des lignées biologiquement tolérantes, même sans réponse active.

👉 En intégrant au moins deux de ces méthodes dans une sélection généalogique raisonnée (test de descendance, analyse de pedigree, suivi sur plusieurs générations), l’apiculteur renforce la prophylaxie comportementale de son cheptel et limite le recours aux traitements chimiques.


  1. Le pin-test, ou test de l’épingle, consiste à percer environ 100 cellules operculées avec une aiguille fine, afin de simuler une anomalie dans le couvain (mort, infection, stress cellulaire). Cette perturbation doit déclencher un comportement hygiénique de la part des ouvrières, qui vont désoperculer et nettoyer les cellules concernées.
    Bien que le test ne requière pas formellement de tuer la larve, en pratique, la plupart des piqûres atteignent ou blessent la nymphe, provoquant sa mort. Ce n’est toutefois pas indispensable : ce qui compte, c’est que la cellule présente un signal d’alerte suffisant pour provoquer une réaction. Le taux de nettoyage en 24 ou 48 heures est ensuite noté, et utilisé pour évaluer la sensibilité hygiénique de la colonie.
    Dans les tests comportementaux comme le pin-test ou le test VSH, une colonie est généralement considérée comme hygiénique si elle élimine au moins 80 % des cellules de couvain mortes ou parasitées en moins de 48 heures. Ce seuil, issu des travaux de Rothenbuhler, Spivak et autres chercheurs, est aujourd’hui largement utilisé comme référence dans les programmes de sélection apicole. Des résultats supérieurs à 95 % sont rares mais recherchés dans les lignées fortement sélectionnées. ↩︎
  2. Le test VSH (Varroa Sensitive Hygiene) permet d’évaluer la capacité des abeilles à détecter et éliminer les cellules de couvain operculé infestées par le varroa. Il repose sur l’observation directe de cellules naturellement parasitées, au stade nymphe aux yeux violets (vers le 13ᵉ jour du développement), où le varroa femelle a déjà pondu. Les ouvrières exprimant ce comportement spécifique désoperculent puis nettoient ces cellules, interrompant ainsi le cycle de reproduction du parasite. Le test consiste à quantifier ce comportement sur un échantillon de couvain infesté, en comparant le nombre de cellules désoperculées contenant effectivement un varroa à celles encore intactes. Ce test est essentiel dans la sélection de lignées résistantes au varroa. ↩︎
  3. Le test SMR (Suppressed Mite Reproduction) vise à mesurer la capacité d’une colonie à perturber le cycle reproductif du varroa dans le couvain. Pour cela, on prélève un échantillon de couvain operculé (souvent au stade nymphe à yeux violets) et on ouvre manuellement une centaine de cellules. Dans chaque cellule infestée, on observe si le varroa femelle fondatrice a pu engendrer des descendants viables (au moins un mâle et une femelle mature). Si la reproduction est interrompue ou incomplète, on considère que la colonie présente un comportement SMR. Le pourcentage de cellules infestées sans descendance viable constitue le score SMR. Ce test est plus précis que le simple comptage de varroas, car il évalue l’efficacité biologique de la résistance, et non la seule infestation ↩︎
  4. Le comportement SMR (« Suppressed Mite Reproduction ») désigne une capacité héréditaire de certaines colonies à perturber le cycle reproductif du varroa dans les cellules de couvain operculé. Dans ces colonies, les varroas présents pondent moins ou ne parviennent pas à produire une descendance viable (notamment l’absence de mâles nécessaires à la fécondation des femelles). Ce phénomène, encore mal élucidé, semble lié à des interactions physiologiques entre l’abeille et le parasite, sans intervention active des ouvrières comme dans le comportement VSH ↩︎

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