
Dans le cadre d’une apiculture orientée vers la sélection, le suivi généalogique ne se limite pas à tracer l’origine des reines : il devient un outil stratégique permettant d’évaluer et de stabiliser les caractères héréditaires les plus précieux. Couplé à des tests standardisés, il permet d’objectiver les performances des lignées, génération après génération.
1. Qu’est-ce que le suivi généalogique en apiculture ?
Le suivi généalogique consiste à enregistrer de manière rigoureuse la parenté des colonies (origine des reines et mâles) sur plusieurs générations. Cela permet :
- de préserver des lignées stables,
- d’évaluer le progrès génétique sur des caractères donnés,
- de maîtriser la consanguinité ou au contraire de l’utiliser de façon contrôlée,
- d’identifier les croisements les plus performants.
➡️ Il repose sur des fiches ruche, pedigrees et outils numériques (tableurs, applications apicoles, bases de données).
2. Quels traits héréditaires peut-on suivre ?
Certains caractères sont hautement héritables, ce qui signifie qu’ils se transmettent avec une forte composante génétique. Exemples :
| Caractère | Hérédité estimée | Test recommandé |
|---|---|---|
| Douceur | Moyenne à forte | Test comportemental lors des visites |
| Hygiène / VSH | Forte | Test VSH ou pin-test |
| Production de miel | Moyenne | Pesée des hausses, suivi régulier |
| Résistance au varroa (SMR) | Forte | Comptages varroa avant/après traitement |
| Tendance à l’essaimage | Moyenne | Observation comportementale sur plusieurs saisons |
| Frugalité / rusticité | Moyenne à forte | Observation hivernale et en période de disette |
3. Pourquoi des tests standardisés ?
Les tests standardisés permettent de comparer objectivement des colonies entre elles, sans se fier à l’intuition ou à la seule impression de l’apiculteur. Ils permettent :
- la reproductibilité des résultats,
- la transmission des données à d’autres éleveurs ou partenaires,
- l’intégration dans des programmes de sélection collectifs.
Exemples :
- Test VSH (sur nymphes yeux violets)
- Pin-test (évaluation du comportement hygiénique général)
- Test de douceur (approche sans fumée)
- Test de rendement (pesées régulières)
4. Comment organiser son suivi ?
- Attribuer un numéro unique à chaque reine
(incluant l’année, la lignée, la provenance) - Noter la souche des mâles si connue
(via insémination ou saturation locale) - Utiliser des fiches ruche numériques ou papier
pour consigner :- le comportement de la colonie
- les résultats de test
- la production
- l’état sanitaire
- Créer un arbre généalogique
à partir des mères sélectionnées (repiquage sur les meilleures filles) - Suivre les F1, F2, F3
pour observer la stabilité des caractères (attention aux effets d’hétérosis non stabilisés)
5. Apports à la prophylaxie : mieux vaut prévenir que traiter
Un suivi généalogique associé à des tests standardisés permet aussi de réduire la pression sanitaire, en sélectionnant activement :
- des colonies résistantes au varroa (via VSH/SMR),
- moins sujettes à la nosémose,
- plus robustes face aux stress climatiques.
C’est une forme de prophylaxie naturelle : on évite les traitements lourds en élevant des abeilles naturellement résistantes, ce qui contribue à la durabilité de l’exploitation.
Conclusion
Associer le suivi généalogique à des tests standardisés transforme l’élevage de reines en véritable démarche scientifique. Cette rigueur permet à tout apiculteur – même modeste – de contribuer à l’amélioration de l’abeille, de façon autonome, raisonnée, et durable. C’est une voie d’avenir face aux défis sanitaires, environnementaux et économiques de l’apiculture moderne.




