La sélection des reines fascine souvent les apiculteurs. Beaucoup imaginent qu’il suffit de choisir une belle colonie, de produire quelques cellules royales et de multiplier les essaims. La réalité est bien différente.
En sélection génétique, produire des reines n’est pas l’objectif. Le véritable objectif est d’améliorer progressivement les qualités d’un cheptel, génération après génération.
Le schéma ci-dessus illustre parfaitement cette démarche.
Tout commence par l’observation
La première étape est sans doute la plus importante.
Avant de produire la moindre reine, il faut observer son rucher pendant plusieurs mois.
Chaque colonie est évaluée selon différents critères :
- douceur ;
- productivité ;
- faible tendance à l’essaimage ;
- qualité du couvain ;
- comportement hygiénique ;
- résistance aux maladies ;
- adaptation aux conditions locales.
Dans l’exemple présenté, vingt-quatre colonies composent le rucher de production.
À l’issue de cette phase d’observation, une seule reine est retenue comme reproductrice.
Ce choix est déterminant, car toutes les futures reines hériteront d’une partie de son patrimoine génétique.
Le greffage : multiplier le potentiel
Des larves âgées de moins de vingt-quatre heures sont prélevées sur cette reine sélectionnée.
Elles sont délicatement transférées dans des cupules artificielles.
C’est l’étape du greffage.
Ces larves sont ensuite confiées à une colonie orpheline appelée « starter », dont les abeilles commencent immédiatement l’élevage des futures reines.
Après quelques jours, les cellules royales poursuivent leur développement dans une ruche d’élevage, souvent appelée « finisseur ».
Douze départs… mais pas douze réussites
Une fois les cellules royales operculées, elles sont réparties dans douze nuclei de fécondation.
Chaque nucleus accueille une future reine.
Mais toutes ne reviendront pas de leur vol de fécondation.
Certaines se perdront.
D’autres seront mal fécondées.
Quelques-unes deviendront bourdonneuses.
Ces pertes font naturellement partie du processus.
Une deuxième sélection
Les reines fécondées ne sont pas immédiatement diffusées dans le rucher.
Au contraire.
Elles sont observées pendant plusieurs semaines.
L’apiculteur contrôle :
- la qualité de la ponte ;
- la régularité du couvain ;
- le comportement de la colonie ;
- la douceur ;
- la vitalité.
Les reines présentant un défaut sont écartées.
La sélection continue.
Au final, seules les meilleures restent
Le schéma montre qu’à partir de vingt-quatre colonies observées :
- une seule reine est choisie ;
- une trentaine de cellules royales sont produites ;
- douze nuclei sont constitués ;
- une dizaine de reines sont fécondées ;
- huit seulement sont finalement conservées.
Autrement dit, près de quatre reines sur dix sont volontairement éliminées ou perdues au cours du processus.
Cette apparente « perte » est en réalité le cœur même de la sélection.
La sélection, ce n’est pas produire plus
On entend souvent parler de production de reines.
Pourtant, un sélectionneur ne cherche pas à produire le plus grand nombre possible de reines.
Il cherche à produire les meilleures.
La différence est fondamentale.
Chaque génération doit apporter un léger progrès.
Au fil des années, le rucher devient progressivement :
- plus doux ;
- plus productif ;
- moins essaimeur ;
- plus homogène ;
- mieux adapté à son environnement.
Lorsque des critères sanitaires comme le comportement hygiénique (VSH, SMR, Pin Test…) sont intégrés au programme de sélection, cette amélioration concerne également la résistance naturelle face au varroa.
Une démarche de long terme
La sélection génétique ne produit pas des miracles en une saison.
Elle demande de la patience, de la méthode et une grande rigueur dans les observations.
Les meilleurs sélectionneurs savent que l’essentiel de leur travail ne consiste pas à élever des reines.
Il consiste à observer, comparer, mesurer… puis parfois à renoncer à reproduire une colonie pourtant très productive si elle présente des défauts susceptibles d’être transmis.
C’est cette exigence qui, année après année, construit des lignées performantes.
En apiculture comme dans tous les domaines de l’élevage, la sélection est avant tout l’art de choisir… et d’accepter de ne conserver que le meilleur.




