Le terme tropisme désigne, en biologie, la réaction d’orientation ou de mouvement d’un organisme vers un stimulus, qu’il soit physique (lumière, gravité…) ou chimique (Abeille du Hain). Appliqué aux abeilles, il représente des comportements innés ou déclenchés par des phéromones, qui régissent la vie de la colonie (Abeille du Hain).
1. Les principaux tropismes dans la colonie d’abeilles
(D’après André Mercier, Gembloux, listés le 19 février 2016) (Abeille du Hain)
| Tropisme | Fonction | Bénéfice pour l’apiculteur | Risques / Effets indésirables |
|---|---|---|---|
| Tropisme de la grappe | Orienter les abeilles en plan vertical pendant l’hiver1 | Preserver chaleur, éviter fragmentation | Si la ruche inclinée → grappe instable, mortalité2 |
| Tropisme de l’essaim | Préfère les surfaces horizontales, cire, bois rugueux3 | Facilite installation de ruchettes | Attachement en biais → ruches non productives4 |
| Attractivité de la reine (phéromone Q/Su) | Maintient la cohésion du couvain | Bon ESSOR, stabilité de la colonie | Faible attractivité → supplantation, division5 |
| Attractivité ouvrières entre elles | Formation de la grappe d’arrière‑saison (≥ 100 ouvrières)6 | Hivernage plus solide sur cadres entiers | Si trop faibles → grappe morcelée, mortalité |
| Agressivité / défense | Défense du nid contre intrus (vibrations, venin) | Indicateur de santé de rucher | Piqûres, stress, agitation des abeilles en vol |
| Tropisme de butinage | Orientation vers sources florales via odeur & danse7 | Meilleure récolte si proximité des mellifères | Constance florale excessive → manque de variété nutritive |
| Tropisme du langage (danse) | Communication direction/distance des pupes8 | Efficacité de butinage sélectif | Interférence des vibrations urbaines ou prédateurs9 |
| Lutte contre les indésirables | Reconnaissance des parasites (varroa…) | Auto‑nettoyage de la ruche, hygiénisme | Faible hygiénisme → mauvaise gestion sanitaire |
2. Autres tropismes observés (réponse à un stress ou pathogène)
Autres comportements orientés observés (réponses à des stress ou à des stimuli environnementaux)
Répertoriés comme « autres tropismes » dans la même source (Abeille du Hain), au sens large :
• Comportements digestifs liés à la nosémose : les abeilles atteintes de troubles digestifs ont tendance à s’isoler en périphérie de la colonie ou à proximité de l’entrée, facilitant leur exclusion et limitant la contamination interne.
• Influence de la lumière et de la gravité (photo- et gravité-réponses) : la lumière et la gravité jouent un rôle déterminant dans l’orientation des rayons, la verticalité des constructions et l’organisation des couloirs et alvéoles.
• Réponses au contact (épibétotropisme) : réactions comportementales liées aux stimuli tactiles de l’environnement, influençant la fixation des rayons et la préférence pour des surfaces rugueuses ou des supports en cire.
3. Pourquoi distinguer tropisme positif ou négatif ?
- Positif = comportement utile, exploitable en apiculture :
- ex. grappe bien formée assure une meilleure survie hivernale,
- bonne attractivité de la reine synchronise pontes.
- Négatif = comportement problématique s’il est mal maîtrisé :
- essaim mal fixé ou agressivité excessive lors d’ouverture des cadres,
- tropisme digestif révélant un état pathologique.
4. Conseils pratiques pour l’apiculteur
- Orientation & matériel : installer les ruches sur un support stable et horizontal, à au moins 50 cm du sol, afin de limiter l’humidité et favoriser une construction régulière des rayons. Privilégier, selon la conduite choisie, des éléments en bois et des cires d’origine connue plutôt que des matériaux très lisses ou brillants.
- Gestion de l’essaim : faire preuve de prudence avec les essaims secondaires ou tardifs, souvent capturés après une errance prolongée (arbres, bâtiments, lucarnes). Leur potentiel de développement peut être limité en raison de leur composition, de l’âge ou de l’état de la reine, indépendamment du lieu de capture.
- Communication & apaisement : recourir à l’enfumoir et, le cas échéant, à des dispositifs de distraction vibratoire10, en complément d’une conduite calme, afin de limiter l’agressivité lors des visites.
- Contrôle sanitaire : surveiller les signes évocateurs de troubles digestifs (nosémose), tels que la présence de selles anormales à l’entrée des ruches ou d’abeilles isolées présentant des difficultés de vol, ces indices devant être confirmés par des analyses appropriées.
- Sélection & élevage : privilégier des lignées locales ou adaptées au contexte de production, présentant une tendance réduite à l’essaimage. Certaines souches, comme la Buckfast sélectionnée, peuvent offrir une meilleure stabilité en conduite intensive, tandis que d’autres, telles que la Carnica, expriment plus fortement le comportement d’essaimage en conditions de floraison continue.
5. En résumé
Le tropisme en apiculture désigne un comportement naturel, souvent instinctif, qui doit être observé et guidé (positif) ou atténué (négatif) afin d’optimiser la productivité, la fiabilité génétique et la santé des colonies. Le bon apiculteur apprend à “lire” sa colonie — cluster pendant l’hiver, danse au printemps, absence de butineuse dubitative — et à agir en harmonie avec ses tropismes plutôt que contre eux.
- « Orienter les abeilles en plan vertical pendant l’hiver » fait référence à un comportement instinctif des abeilles en période de froid, lorsqu’elles forment une grappe pour se protéger du gel. En hiver, les abeilles se regroupent en une masse compacte à l’intérieur de la ruche pour maintenir la chaleur. La grappe, qui se forme naturellement, s’oriente verticalement le long des cadres, ce qui permet aux abeilles situées au centre de la grappe de se réchauffer en générant de la chaleur corporelle, tandis que celles en périphérie sont protégées du froid extérieur.
Cette disposition verticale permet également aux abeilles de mieux se déplacer à l’intérieur de la ruche pour se nourrir tout en préservant l’énergie collective nécessaire pour traverser l’hiver. Si la ruche est inclinée ou mal orientée, la grappe peut devenir instable, ce qui augmente le risque de mortalité. ↩︎ - « Si la ruche inclinée → grappe instable, mortalité » fait référence à l’importance de l’orientation correcte de la ruche pour la survie des abeilles, en particulier pendant l’hiver.
Lorsque la ruche est inclinée, cela perturbe la formation de la grappe d’abeilles, qui doit être stable pour maintenir une température interne suffisante. La grappe d’abeilles se regroupe normalement autour de la reine et du couvain, et sa stabilité est cruciale pour éviter les pertes de chaleur. Si la ruche est mal orientée ou inclinée, la grappe peut se déformer, se fragiliser et entraîner une mauvaise répartition de la chaleur. Cela peut conduire à des zones trop froides dans la ruche, augmentant ainsi le risque de mortalité des abeilles, surtout pendant les périodes de grand froid. Une bonne orientation et une ruche stable permettent aux abeilles de rester compactes et de mieux gérer leur température interne.
La criticité de l’inclinaison de la ruche commence généralement à partir de 10 à 15 degrés par rapport à l’horizontale. Au-delà de cette inclinaison, la formation de la grappe d’abeilles devient instable.
Une inclinaison faible peut encore permettre à la grappe de se former, mais à mesure que l’angle augmente, la grappe se déforme, ce qui peut perturber la circulation de la chaleur à l’intérieur de la ruche. Cela entraîne des zones froides où les abeilles peuvent mourir de froid, notamment les abeilles situées aux bords de la grappe. Les abeilles au centre de la grappe, qui génèrent de la chaleur en se serrant les unes contre les autres, peuvent aussi avoir du mal à maintenir une température stable si la ruche est trop inclinée.
L’idéal est donc que la ruche soit parfaitement horizontale ou légèrement inclinée vers l’avant (environ 2 à 3 degrés) pour éviter l’humidité et permettre à l’eau de s’écouler. Une inclinaison plus importante perturbe la structure thermique de la grappe et peut entraîner des risques accrus de mortalité, particulièrement durant les mois les plus froids. ↩︎ - « Préfère les surfaces horizontales, cire, bois rugueux » fait référence aux préférences comportementales des abeilles lors de l’installation de leur colonie ou de leur essaim dans une ruche.
Les abeilles ont une tendance naturelle à s’installer sur des surfaces horizontales, car cela facilite la construction des rayons de cire. Les surfaces horizontales permettent aux abeilles de construire des alvéoles de manière stable et d’y déposer leur couvain. La cire et le bois rugueux sont des matériaux privilégiés pour la construction des rayons, car ils offrent une meilleure accroche et permettent une fixation plus solide.
Le bois rugueux, en particulier, imite les surfaces naturelles que les abeilles rencontrent dans la nature, comme les troncs d’arbres, et est plus facile à manipuler pour les abeilles, qui y accrochent leurs rayons. Ainsi, une ruche construite avec ces matériaux et offrant des surfaces horizontales favorise une colonie plus stable et productive. ↩︎ - « Attachement en biais → ruches non productives » fait référence à l’orientation des rayons de cire dans une ruche. Si les rayons de cire sont construits en biais, c’est-à-dire non perpendiculaires au fond de la ruche, cela perturbe l’organisation et la gestion des abeilles. Les abeilles ont tendance à construire des rayons verticaux ou légèrement inclinés, mais lorsqu’elles sont contraintes de bâtir des rayons en biais (en raison d’une mauvaise orientation de la ruche ou d’une mauvaise installation), plusieurs problèmes peuvent survenir :
Problème de stockage : Les rayons mal orientés ne permettent pas un stockage optimal du miel et du pollen. Les alvéoles ne sont pas alignées de manière optimale, ce qui réduit l’efficacité du stockage.
Difficulté pour le couvain : L’attachement en biais peut gêner la bonne organisation du couvain. Les abeilles ont plus de mal à réguler la température et l’humidité au sein des cellules royales et des autres alvéoles, ce qui peut nuire à la croissance des larves et à la qualité du couvain.
Moins d’espace utile : La construction en biais réduit l’espace utile pour les abeilles. Elles doivent gérer un espace moins optimisé, ce qui peut affecter leur productivité globale, notamment la production de miel et l’élevage de reines.
Ainsi, un mauvais attachement des rayons peut rendre la ruche moins fonctionnelle, ce qui entraîne une baisse de la production, voire une inefficacité globale de la colonie. ↩︎ - « Faible attractivité → supplantation, division » fait référence à un phénomène qui peut survenir dans une colonie d’abeilles lorsque la reine ne parvient pas à maintenir une forte attraction sur les ouvrières ou le couvain. Voici ce que cela implique :
Faible attractivité : Cela se réfère généralement à une réduction de l’efficacité de la phéromone de la reine, qui est essentielle pour maintenir la cohésion de la colonie. La reine produit des phéromones (comme la phéromone Q/Su) qui assurent son rôle de leader et maintiennent les ouvrières concentrées sur elle et le couvain. Si la production de ces phéromones est faible ou si la reine est perçue comme moins performante (par exemple, à cause de son âge ou de problèmes de santé), les abeilles peuvent devenir moins attachées à elle.
Supplantation : Lorsque la reine devient moins attractive ou inefficace, certaines ouvrières ou même une nouvelle reine peuvent commencer à se préparer à la remplacer. Ce phénomène est connu sous le nom de supplantation, où une ouvrière fécondée ou une nouvelle reine prend progressivement la place de la reine initiale. Cela peut entraîner des conflits au sein de la colonie.
Division : Si le problème persiste et que la reine perd son autorité, cela peut mener à la division de la colonie. La ruche peut décider de se scinder en deux parties : une partie avec l’ancienne reine (qui peut être reléguée dans une autre ruche ou abandonnée), et l’autre avec une nouvelle reine. Cela peut se traduire par un essaim, où la colonie se divise pour former deux nouvelles colonies, ce qui affecte la productivité de l’ensemble.
En résumé, une faible attractivité de la reine peut entraîner des tensions au sein de la colonie, une tentative de remplacement (supplantation) et, si la situation n’est pas résolue, une division de la ruche, ce qui peut nuire à la stabilité et à la productivité de la colonie. ↩︎ - La « formation de la grappe d’arrière-saison (≥ 100 ouvrières) » fait référence au comportement des abeilles en fin de saison, généralement à l’approche de l’hiver. À cette époque, les abeilles forment une grappe compacte, une masse d’abeilles qui se regroupe autour de la reine et du couvain pour maintenir la chaleur et survivre aux températures froides de l’hiver.
Cette grappe d’arrière-saison est essentielle pour l’hivernage, car elle permet de concentrer la chaleur générée par l’activité des abeilles (en battant des ailes) afin de maintenir une température suffisamment élevée à l’intérieur de la ruche. La mention « ≥ 100 ouvrières » indique que pour assurer une bonne cohésion et une température stable, un minimum de 100 abeilles ouvrières est nécessaire pour former cette grappe. Une grappe trop faible en nombre pourrait être trop dispersée, ce qui entraînerait une mauvaise gestion thermique et augmenterait le risque de mortalité des abeilles pendant l’hiver. ↩︎ - « Orientation vers sources florales via odeur & danse » fait référence au comportement de butinage des abeilles et à leur capacité à trouver les sources de nectar et de pollen. Les abeilles utilisent deux moyens principaux pour localiser les fleurs :
Odeur : Les abeilles sont capables de détecter les odeurs des fleurs et des plantes qu’elles recherchent. Elles utilisent leur antenne pour capter les molécules odorantes libérées par les fleurs, ce qui les guide vers des sources spécifiques de nectar.
Danse : Une fois qu’une abeille butineuse a trouvé une source de nectar, elle retourne à la ruche et effectue une danse frétillante (ou danse en huit) pour communiquer aux autres abeilles la direction et la distance de la source de nourriture. La danse consiste en une série de mouvements qui indiquent la position relative des fleurs par rapport à la ruche, en fonction de la position du soleil et de l’angle de vol.
En combinant ces deux mécanismes (l’odorat et la danse), les abeilles peuvent orienter efficacement leur vol vers des sources florales et maximiser leur récolte de nectar et de pollen. ↩︎ - La « distance des pupes » fait référence à la capacité des abeilles à localiser et à évaluer la position des pupes (les larves en développement dans les cellules). Cette notion est importante dans le cadre du tropisme de butinage, où les abeilles utilisent la danse frétillante pour communiquer la direction et la distance des sources de nectar et de pollen, mais elle peut également s’appliquer à la gestion interne de la ruche, comme la répartition des pupes et des larves. En ce sens, cette « distance » pourrait aussi faire référence à la manière dont les abeilles organisent leur espace pour maximiser leur efficacité dans la gestion du couvain et de la nourriture. ↩︎
- « Interférence des vibrations urbaines ou prédateurs » fait référence aux perturbations qui peuvent affecter la capacité des abeilles à communiquer et à s’organiser efficacement, en particulier lorsqu’elles utilisent des mécanismes comme la danse frétillante pour localiser les ressources alimentaires ou organiser leur comportement social.
Vibrations urbaines : Les zones urbaines peuvent générer des vibrations, notamment à cause des constructions, des véhicules en mouvement, du trafic, et d’autres activités humaines. Ces vibrations peuvent interférer avec les signaux de communication des abeilles, notamment lors de la danse frétillante. Les abeilles utilisent des mouvements précis pour transmettre des informations sur la direction et la distance des sources de nectar. Si les vibrations ambiantes perturbent ces signaux, les abeilles peuvent avoir des difficultés à localiser correctement les sources alimentaires.
Prédateurs : Les vibrations générées par les prédateurs (comme les frelons asiatiques ou d’autres menaces) peuvent également affecter les abeilles. Certaines espèces de prédateurs, lorsqu’elles s’approchent des ruches, provoquent des vibrations qui peuvent perturber les activités des abeilles, notamment la recherche de nourriture ou la défense de la ruche. Ces vibrations peuvent signaler une menace et perturber la stabilité sociale de la colonie, créant du stress et réduisant l’efficacité du butinage ou de la gestion du couvain.
En résumé, l’interférence des vibrations, qu’elles soient d’origine urbaine ou dues à la présence de prédateurs, peut perturber les comportements fondamentaux des abeilles, affectant leur communication et leur productivité, et mettant en danger la santé de la colonie. ↩︎ - On désigne par « dispositifs de distraction vibratoire » des outils produisant de légères vibrations ou impulsions mécaniques au niveau de la ruche (par exemple à proximité de l’entrée ou du couvre-cadres), destinées à perturber temporairement la cohésion comportementale de la colonie lors des manipulations.
Ces dispositifs sont utilisés par certains apiculteurs comme complément à l’enfumoir, dans l’objectif de détourner l’attention des abeilles gardiennes, de réduire les comportements défensifs et de faciliter les interventions.
Leur efficacité varie selon le contexte (force de la colonie, génétique, conditions météorologiques, pression sanitaire) et ne fait pas l’objet, à ce jour, d’un consensus scientifique établi. Ils doivent être considérés comme des outils expérimentaux ou d’appoint, et non comme un substitut aux bonnes pratiques de conduite apicole. ↩︎




