
Lorsque l’on pratique une apiculture de sélection, une question revient inlassablement : faut-il traiter les colonies trop infestées par le varroa ou les laisser mourir pour favoriser la sélection naturelle ?
Derrière cette interrogation se cache un dilemme profond entre éthique de la sélection et responsabilité sanitaire. Voici un éclairage nuancé, pour les apiculteurs qui veulent concilier rigueur sanitaire et progrès génétique.
Laisser mourir : la logique de la sélection naturelle
Refuser de traiter une colonie très infestée, c’est accepter qu’elle meure naturellement. Cette approche repose sur le principe suivant :
- Si une colonie se laisse envahir par le varroa, c’est qu’elle ne présente pas de comportements résistants (VSH, grooming, rupture de ponte…) ;
- La conserver artificiellement par un traitement reviendrait à maintenir dans le cheptel une légitime faiblesse génétique ;
- En la laissant mourir, on favorise les colonies résistantes, qui ont un avantage sélectif.
Cette approche est logique dans un rucher isolé, contrôlé, à vocation d’élevage ou d’observation. Mais elle n’est pas sans conséquence.
⚠️ Traiter : une responsabilité collective
Une colonie infestée et non traitée devient un foyer de réinfestation pour tout le rucher alentour :
- Le varroa se multiplie sans frein dans cette colonie affaiblie ;
- Les abeilles de ruches voisines peuvent venir piller cette colonie et ramener les acariens chez elles ;
- L’infestation globale augmente, même dans les colonies saines.
En France, la réglementation impose un traitement systématique contre le varroa, même si l’apiculteur suit une démarche de sélection. Le non-traitement peut être considéré comme une mise en danger du cheptel collectif.
Une approche intermédiaire : la sélection raisonnée
Voici la voie recommandée par les apiculteurs sélectionneurs expérimentés :
🧠 On traite pour protéger les autres, mais on exclut la colonie du plan de reproduction.
- La colonie très infestée reçoit un traitement d’urgence pour éviter une propagation ;
- On inscrit cet épisode dans le registre d’élevage ;
- La reine n’est pas conservée pour la reproduction, voire éliminée si la colonie était très faible ;
- On peut envisager un regroupement avec une colonie plus forte, ou une suppression douce (extraction des réserves, puis suppression).
Cette approche combine la sélection avec le respect de l’environnement apicole.
En résumé
| Option | Avantages | Risques |
|---|---|---|
| Ne pas traiter | Favorise la sélection naturelle, ne garde que les lignées résistantes | Propagation du varroa, impact sur les autres ruches |
| Traiter systématiquement | Protège toutes les colonies, respecte la réglementation | Maintien de lignées sensibles, ralentit la sélection |
| Traiter tout en excluant la colonie du plan de reproduction | Équilibre entre responsabilité sanitaire et progrès génétique | Demande un suivi rigoureux et de la discipline |
📚 Pour aller plus loin
- Pourquoi noter les traitements dans un registre d’élevage ?
- Comment détecter une colonie naturellement résistante ?
- Plan de sélection apicole en montagne : quelles colonies conserver ?




