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Évaluation du comportement hygiénique chez Apis mellifera (Pin Test)


L’hygiène du couvain est l’un des mécanismes de défense les plus déterminants chez Apis mellifera. Lorsque les ouvrières détectent une nymphe morte, malade ou anormalement exposée, elles désoperculent puis éliminent rapidement la cellule touchée. Ce réflexe, profondément ancré dans la biologie de l’espèce, limite la propagation des pathogènes et réduit la pression exercée par Varroa destructor.

Comprendre et mesurer ce comportement n’a rien d’anecdotique : pour l’apiculteur qui souhaite sélectionner des colonies résilientes, l’hygiène constitue un critère aussi important que la douceur, la productivité ou la tenue au cadre.

Parmi les méthodes disponibles, le test de percement du couvain operculé, ou pin test, s’impose comme l’outil de terrain le plus simple, le plus reproductible et le plus accessible. Il permet, en quelques heures, d’évaluer la capacité d’une colonie à détecter une anomalie et à nettoyer son couvain. Ce test constitue un excellent indicateur du comportement hygiénique général, et un premier filtre dans la sélection de lignées présentant des traits compatibles avec le caractère VSH (Varroa Sensitive Hygiene).

L’objectif de cet article est de présenter un protocole clair, précis et standardisé, afin que chaque apiculteur puisse obtenir des résultats fiables, comparables, et directement utilisables dans un programme de sélection.


Mise en œuvre du test de percement du couvain operculé (pin test)

Le comportement hygiénique des abeilles domestiques est l’un des piliers de la résistance naturelle aux maladies du couvain et au parasite Varroa destructor.
Les ouvrières capables de détecter, désoperculer et éliminer rapidement les nymphes anormales jouent un rôle crucial dans la santé de la colonie.

Le pin test — test de percement du couvain operculé — constitue un outil simple, reproductible et robuste pour mesurer ce comportement. Il est également utilisé comme indicateur préliminaire du caractère VSH (Varroa Sensitive Hygiene).

Ce protocole, bien maîtrisé, permet de comparer objectivement les colonies et d’orienter les choix de reproduction.


1. Introduction : pourquoi mesurer le comportement hygiénique ?

La sélection d’abeilles présentant un comportement hygiénique avancé permet de :

• réduire la pression varroa de manière naturelle,
• améliorer l’hygiène du couvain (loques, virus liés au varroa),
• stabiliser la santé de la colonie sans dépendance excessive aux traitements,
• favoriser des lignées résistantes et adaptées au territoire.

Le pin test ne recherche pas la destruction du couvain : il teste la capacité des ouvrières à détecter une anomalie subtile.
La finesse de leur réponse est un marqueur génétique important, héréditaire et exploitable en sélection.


2. Matériel requis

• Un cadre de couvain operculé homogène, idéalement au stade nymphe yeux violets (J+13 à J+15).
• Une aiguille entomologique, aiguille de couture fine ou scalpel très fin.
• Un marqueur (feutre, punaise, pointe) pour délimiter la zone testée.
• Un carnet ou une application pour noter les données (100 cellules testées).
• Une ruche en bonne santé, non stressée, en saison active.


3. Protocole détaillé

3.1 Sélection de la zone testée

Choisir une zone :

• d’environ 100 cellules operculées,
• compacte, homogène,
• contenant majoritairement des nymphes aux yeux violets,
• sans trous, sans mosaïque d’âges trop variés.

Ce stade garantit une réponse cohérente : la nymphe est assez développée pour être détectée, mais encore sensible aux anomalies.


3.2 Geste technique : jusqu’où percer ?

C’est le cœur du protocole.
La littérature scientifique (Spivak, Büchler, Arista) est claire : il faut percer l’opercule, et uniquement l’opercule.

Ce qu’il faut faire

• Insérer l’aiguille dans l’opercule seulement,
• traverser la fine couche de cire,
stopper dès la perforation de l’opercule,
• laisser la nymphe intacte.

Ce qu’il ne faut pas faire

• Ne pas toucher la nymphe,
• Ne pas transpercer le corps,
• Ne pas casser les parois latérales de la cellule,
• Ne pas “ouvrir” la cellule comme pour un test VSH de laboratoire.

Pourquoi ?

• Si la nymphe est blessée → réaction automatique → test faussé.
• Si la nymphe est intacte → seules les colonies réellement hygiéniques réagissent.
• Si on perce trop peu → réponse minime → faux négatif.

Repère pratique : profondeur maximale ≈ 1 mm — juste l’épaisseur de l’opercule.


3.3 Repose du cadre

Replacer immédiatement le cadre dans sa colonie d’origine.
Éviter d’exposer le couvain au soleil direct ou au vent froid.


3.4 Observation après 24 heures

Revenir après 24 h exactement (± 2 h pour rester comparable) et compter :

Cellules désoperculées : les abeilles ont commencé le travail.
Cellules complètement nettoyées (vides) : nettoyage abouti.
Cellules intactes : absence de réaction.


4. Calcul du taux de comportement hygiénique

Taux = (Nombre de cellules nettoyées / Nombre total de cellules percées) × 100

Pour un test standardisé, on considère 100 cellules.


5. Interprétation des résultats

Taux de nettoyageInterprétation
≥ 95 %Excellent comportement hygiénique (sélection prioritaire)
80–95 %Bon niveau, lignée intéressante
50–80 %Comportement modéré
< 50 %Comportement faible ou absent

Ces valeurs donnent une tendance, mais doivent être interprétées en tenant compte :

• de la saison,
• de la force de la colonie,
• de la présence de miellée ou disette,
• des conditions météo.


6. Discussion : forces et limites du pin test

Points forts

• Extrêmement simple.
• Accessible à tout apiculteur.
• Reproductible d’une saison à l’autre.
• Très utile pour un premier tri génétique (« criblage »).

Limites

• Ce n’est pas un test VSH complet :
le pin test n’implique pas la présence de varroa → il ne remplace pas l’analyse des cellules infestées.
• Il doit être réalisé au stade exact : nymphes yeux violets.
• Les résultats peuvent varier en période de disette ou de stress thermique.


7. Conclusion

Le pin test est un outil d’évaluation essentiel pour orienter la sélection apicole vers des lignées naturellement résistantes.
En standardisant le geste — percer uniquement l’opercule, jamais la nymphe — l’apiculteur obtient des données fiables, comparables et utilisables pour ses choix d’élevage.

C’est un test modeste, mais capable d’indiquer les colonies dont la biologie interne est la plus prometteuse.
Répété au fil de la saison, il devient un véritable levier de sélection sanitaire pour un rucher résilient et durable.


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