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Hivernage en batterie des colonies : mode d’emploi pour un hivernage efficace et sécurisé

L’hivernage est une période cruciale pour la survie et la santé des colonies d’abeilles. Certaines régions, notamment en montagne ou dans les zones à climat rigoureux, imposent de trouver des solutions pour réduire les pertes hivernales et optimiser l’énergie consommée par les abeilles. Parmi ces solutions, l’hivernage en batterie – c’est-à-dire l’empilement de plusieurs colonies dans un même emplacement, séparées mais profitant de la chaleur collective – est une méthode efficace lorsqu’elle est bien maîtrisée.

Dans cet article, nous verrons pourquoi l’hivernage en batterie peut être une bonne idée, quels sont les points à surveiller, les erreurs à éviter et la méthode à adopter pour le pratiquer sans risque pour vos colonies.


1️⃣ Pourquoi envisager l’hivernage en batterie ?

En hiver, la colonie forme une grappe1 pour maintenir une température stable au cœur de la ruche. Plus la colonie est faible ou isolée, plus elle consomme de réserves pour se chauffer, ce qui augmente le risque de mortalité.

L’hivernage en batterie présente plusieurs avantages :

  • Économie de chaleur : les colonies superposées ou adjacentes partagent une partie de la chaleur dégagée, ce qui réduit l’effort thermique individuel.
  • Meilleure gestion des petites colonies : les nuclei ou divisions de fin de saison bénéficient d’un environnement plus stable.
  • Réduction de l’impact climatique : le vent et le froid pénètrent moins dans des caissons ou des empilements isolés collectivement.

2️⃣ Ce qu’il ne faut surtout pas faire : les erreurs à éviter

Beaucoup d’apiculteurs imaginent qu’il suffit d’empiler des ruches séparées par des grilles à reine pour hiverner en batterie. C’est une erreur majeure :

  • La grille à reine bloque la reine mais pas les ouvrières, qui se mélangent, s’agressent ou pillent les réserves.
  • La présence de deux reines dans un même volume perturbe les signaux phéromonaux et désorganise les colonies.
  • Les maladies et varroas circulent beaucoup plus facilement entre colonies en contact direct.
  • La grappe d’abeilles peut monter en abandonnant une reine, entraînant la perte de la colonie inférieure.
  • Mauvaise gestion de l’humidité et du CO₂, condensation, refroidissement du couvain au redémarrage printanier.

Bref, empiler avec de simples grilles à reine est à proscrire.


3️⃣ La méthode recommandée pour un hivernage en batterie réussi

L’idée est de partager la chaleur sans mélanger les populations. Pour cela, on utilise :

✅ A. Le double-screen board (planche double moustiquaire)2

  • Deux grilles fines espacées, empêchant le passage des abeilles tout en laissant circuler la chaleur et les odeurs.
  • Colonies séparées hermétiquement mais profitant du panache thermique.3
  • Entrées opposées pour éviter la dérive (bas vers l’avant, haut vers l’arrière).
  • La colonie la plus forte en bas, la plus faible ou un nucleus au-dessus.

✅ B. Les caissons multi-colonies4 (4-voies ou empilement cloisonné)

  • Petits nucléus logés dans des compartiments totalement séparés mais entourés d’une enveloppe isolante commune.
  • Réduction du vent, meilleur maintien de la chaleur.
  • Chaque colonie conserve son autonomie : reine, réserve, aération, entrée distincte.

4️⃣ Les bonnes pratiques à respecter

  • Force : hiverner uniquement des colonies viables (6-7 cadres Dadant minimum) ; regrouper sinon.
  • Réserves : 25 à 35 kg de miel par colonie + candi de secours accessible.
  • Traitement varroa rigoureux avant hivernage (fin d’été + oxalique en absence de couvain).
  • Isolation et humidité : couvre-cadres isolé, coussin absorbant (copeaux) et toit étanche.
  • Entrées réduites et protégées (grille à souris), avec une aération haute discrète pour éviter la condensation.

5️⃣ En résumé

L’hivernage en batterie est une méthode efficace pour améliorer la survie des colonies, surtout dans les régions froides ou venteuses. Mais il ne doit jamais se faire avec de simples grilles à reine : les colonies doivent être totalement séparées, tout en bénéficiant de la chaleur collective. Avec un matériel adapté (double-screen, caissons cloisonnés) et une bonne gestion sanitaire et alimentaire, cette technique permet d’économiser l’énergie des abeilles, protéger les nuclei et réduire les pertes hivernales, tout en conservant la sécurité et l’intégrité de chaque colonie.


  1. La grappe est la formation compacte que prend la colonie en hiver. Les abeilles se regroupent étroitement autour de la reine et du couvain pour maintenir une température interne stable (≈ 20-25°C au centre), essentielle à la survie de la colonie. Cette organisation collective limite les pertes de chaleur et réduit la consommation d’énergie. ↩︎
  2. La planche double moustiquaire est un plateau séparateur utilisé en apiculture pour superposer deux colonies tout en les isolant complètement. Elle est constituée de deux grilles fines espacées de quelques millimètres, empêchant tout passage d’abeilles ou de phéromones perturbantes, mais permettant la circulation de la chaleur et des odeurs. Elle sert principalement pour l’hivernage en batterie ou la conduite temporaire de colonies empilées, afin que chacune conserve sa reine et son autonomie sanitaire tout en profitant d’une enveloppe thermique commune. ↩︎
  3. Le panache thermique est la chaleur résiduelle émise par une colonie hivernante, qui s’élève naturellement vers le haut de la ruche. Dans un hivernage en batterie bien conçu, cette chaleur peut être partiellement récupérée par une colonie située au-dessus ou à proximité, sans mélange d’abeilles, grâce à une séparation hermétique comme la planche double moustiquaire. ↩︎
  4. Un caisson multi-colonies est un dispositif permettant d’héberger plusieurs petites colonies (nuclei) dans un même bloc, chaque compartiment étant totalement cloisonné. Les parois partagées et l’enveloppe commune améliorent l’isolation thermique, tout en gardant chaque colonie indépendante avec sa propre entrée, ses réserves et sa reine. ↩︎

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