
Dans une étude pionnière menée en Israël dans les années 1960, le chercheur Y. Lensky (Université hébraïque de Jérusalem) a analysé avec rigueur la régulation thermique dans les ruches en été, en climat subtropical. Publiée dans Les Annales de l’Abeille et désormais accessible via l’archive HAL [hal-00890188], cette recherche éclaire de façon remarquable comment les abeilles maintiennent l’équilibre thermique du nid à couvain, à quel prix biologique, et avec quelles conséquences sur la ponte, la consommation de miel et les récoltes. Cet article propose une vulgarisation claire des principaux enseignements de ce travail, toujours d’actualité à l’heure du changement climatique.
Problématique : comment les abeilles gèrent-elles la chaleur estivale ?
Les abeilles sont capables de maintenir une température constante dans le nid à couvain, malgré la chaleur intense extérieure. Cela demande un effort collectif important : ventilation, apport d’eau, positionnement du couvain, etc. Ces efforts ont un coût énergétique réel, avec des impacts sur la ponte et la production de miel.
Résultats majeurs à retenir
1. Le type de revêtement de la ruche influence fortement la température intérieure
- Ruches peintes à l’aluminium : elles surchauffent, avec des températures internes parfois supérieures à 43°C.
- Ruches blanchies à la chaux ou à l’ombre : elles maintiennent des températures plus basses et plus stables.
👉 Conclusion pratique : il vaut mieux peindre les ruches en blanc ou les installer sous des arbres à feuillage estival.
2. L’effort de ventilation et de collecte d’eau dépend directement de la chaleur
- Plus il fait chaud, plus les abeilles ventileuses s’activent.
- Elles doivent aussi ramener beaucoup plus d’eau pour rafraîchir le nid et nourrir les larves.
- Cela diminue le temps qu’elles consacrent à la récolte de nectar = baisse de la production de miel.
👉 Effet pervers : trop de chaleur = plus d’effort = moins de miel !
3. Un apport artificiel d’eau stimule la ponte de la reine
- Un dispositif d’aspersion lente dans la ruche (type goutte-à-goutte sur tissu absorbant) a montré une hausse significative du couvain.
- Même en présence de miellées abondantes, l’ajout d’eau améliore les performances de ponte.
👉 Conseil apicole : en été, surtout quand les sources d’eau sont rares, un petit système d’humidification peut booster la colonie.
4. Les conditions thermiques influencent directement la récolte de miel
- Les ruches à l’ombre ou blanchies ont produit plus de miel.
- Celles surchauffées ont produit moins, car les abeilles ont dû consommer plus de réserves pour thermoréguler.
👉 En clair : le stress thermique fait chuter les rendements.
Expériences en bref
- 7 points de mesure thermique dans la ruche (couvain, parois, miel, plancher, hausse…).
- Comparaison entre trois types de ruches : aluminium (plein soleil), chaux (plein soleil), aluminium (à l’ombre).
- Observations sur : activité des ventileuses, des collectrices d’eau, étendue du couvain, poids du miel récolté.
Ce qu’il faut retenir
| Observation | Conséquence apicole |
|---|---|
| Température > 35°C | Augmentation de l’activité des ventileuses et collectrices d’eau |
| Ruche peinte à l’aluminium | Stress thermique, baisse du miel, forte dépense énergétique |
| Apport d’eau dans la ruche | Augmentation du couvain (ponte stimulée) |
| Ombre et peinture blanche | Protection thermique efficace, meilleure récolte de miel |
| Plus de couvain = plus d’eau à collecter | Nécessite une bonne source d’eau à proximité |
Applications pratiques pour l’apiculteur
- Privilégier un emplacement à mi-ombre (arbres à feuilles caduques).
- Peindre les ruches en blanc ou à la chaux plutôt qu’à l’aluminium.
- Installer un système de micro-humidification en période sèche.
- Veiller à une source d’eau stable à proximité (abreuvoir ou bac avec flotteurs).
- Ne pas sous-estimer le coût énergétique de la thermorégulation, surtout dans les climats chauds.




