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Agriculture de montagne : quand l’UE décide sans ceux qui vivent du terrain

Il faut appeler les choses par leur nom.
Ce que vivent aujourd’hui les agriculteurs de montagne n’est pas seulement une crise économique ou écologique.
C’est une crise de méthode politique.

Les décisions européennes qui s’imposent à l’agriculture — normes environnementales, conditionnalités de la PAC, calendriers de transition — sont prises sans véritable concertation structurée avec ceux qui les subissent, puis déversées dans les droits nationaux comme des évidences techniques.

La montagne en est la première victime.


Une politique conçue loin du terrain… puis imposée au terrain

L’agriculture de montagne n’est pas une déclinaison marginale de l’agriculture de plaine.
C’est un système à part entière, avec :

  • des cycles biologiques différents,
  • des contraintes physiques permanentes,
  • des marges économiques structurellement réduites,
  • une dépendance forte à l’équilibre territorial.

Or la Commission européenne continue de raisonner comme si :

  • les sols étaient équivalents,
  • les saisons comparables,
  • les calendriers agricoles transposables,
  • les exploitations interchangeables.

Ce raisonnement n’est pas seulement faux.
Il est politiquement irresponsable.


Des normes pensées pour corriger la plaine, appliquées aveuglément à la montagne

Les grandes orientations européennes visent souvent — à juste titre — à corriger les excès de l’agriculture intensive.

Mais faute de concertation fine, ces outils sont appliqués indifféremment :

  • mêmes seuils,
  • mêmes obligations,
  • mêmes dates,
  • mêmes pénalités.

Résultat :
👉 des exploitations déjà extensives, déjà sobres, déjà contraintes, se retrouvent sur-réglementées, là où elles n’ont jamais été le problème.

On soigne une maladie… sur un patient qui ne l’a pas.


Une violence douce : la transition imposée sans débat

Les transitions agricoles décidées à Bruxelles ont un point commun :
elles sont rapides, normatives, et peu discutées avec les premiers concernés.

En montagne, cela produit un effet immédiat :

  • impossibilité d’anticiper,
  • investissements risqués,
  • dépendance accrue aux aides,
  • sentiment de subir plutôt que de choisir.

Les agriculteurs ne refusent pas la transition.
Ils refusent d’être placés devant le fait accompli.


Le paradoxe de la PAC : soutien vital, instrument de dépossession

En agriculture de montagne, la PAC n’est pas un confort.
C’est souvent la condition de survie.

Mais cette dépendance crée un déséquilibre politique profond :

  • celui qui dépend ne négocie plus,
  • il s’adapte ou disparaît.

Peu à peu, l’agriculteur devient :

  • exécutant de normes,
  • gestionnaire de formulaires,
  • parafonctionnaire du vivant.

Alors que beaucoup aspirent simplement à être ce qu’ils sont censés être :
👉 des entrepreneurs agricoles libres, responsables, capables de vivre de leur travail.


Le vrai impensé européen : gouverner sans expliquer la finalité

Le problème n’est pas seulement le contenu des politiques européennes.
C’est l’absence de pédagogie politique.

On impose des règles,
sans expliquer clairement :

  • où l’on va,
  • pourquoi maintenant,
  • à quel coût humain,
  • avec quelle vision territoriale.

Les agriculteurs découvrent les effets après coup, quand les textes sont déjà adoptés, quand les marges de manœuvre ont disparu.

Ce n’est pas une démocratie agricole.
C’est une administration du réel par surprise.


Ce que changerait une vraie concertation européenne

Si l’Union européenne changeait de méthode, l’agriculture de montagne pourrait devenir :

  • un modèle de résilience,
  • un laboratoire d’adaptation climatique,
  • un pilier de souveraineté alimentaire locale.

Mais cela suppose :

  • une concertation en amont, pas après publication,
  • des normes différenciées assumées, pas des dérogations honteuses,
  • des calendriers biologiques, pas bureaucratiques,
  • une reconnaissance juridique des contraintes naturelles,
  • une stratégie territoriale, pas une compensation minimale.

La montagne n’a pas besoin d’assistance.
Elle a besoin de règles justes et discutées.


Sans débat, la Montagne ne proteste pas : elle disparaît

La montagne ne bloque pas toujours les routes.
Elle ne fait pas toujours descendre des tracteurs dans les capitales.

Elle s’épuise.
Elle se vide.
Elle se tait.

Et quand une exploitation de montagne disparaît, ce n’est pas qu’un chiffre qui baisse :

  • ce sont des paysages qui se ferment,
  • des risques naturels qui augmentent,
  • une biodiversité qui s’effondre,
  • une vie sociale qui s’éteint.

Gouverner la montagne comme une plaine, c’est organiser son abandon poli.


En conclusion : le problème n’est pas l’UE, c’est sa méthode

L’Union européenne n’est pas illégitime à agir sur l’agriculture.
Mais elle devient fragile politiquement lorsqu’elle décide sans ceux qui vivent les conséquences.

Pour l’agriculture de montagne, changer de méthode, ce serait :

  • passer de la norme abstraite à la règle incarnée,
  • du pilotage technocratique au dialogue territorial,
  • de la survie sous aide à l’autonomie économique,
  • de la résignation à la transmission.

Sans cela, la montagne restera un décor écologique…
sans agriculteurs.

Et une agriculture sans agriculteurs,
ce n’est pas une politique agricole.
C’est un renoncement.


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