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Plan d’installation d’une cave d’hivernage apicole

Quand la neige recouvre les ruchers et que le vent mord les montagnes, les abeilles, elles, se taisent.
Mais certaines colonies dorment ailleurs : sous terre, dans le silence d’une cave, là où la température ne descend ni ne monte, où le temps semble suspendu.

L’hivernage en cave n’est pas une lubie de technicien : c’est un art discret, hérité des anciens, que les éleveurs de reines redécouvrent aujourd’hui pour préserver leurs colonies les plus précieuses. Il permet d’abriter les mini-plus et les essaims fragiles dans un environnement stable, à l’abri des gelées, de l’humidité et des prédateurs.

Mettre en place une cave d’hivernage apicole, c’est apprendre à reproduire le rythme lent de la nature : obscurité, fraîcheur, calme.
C’est aussi un formidable outil de sélection, car seules les reines capables de traverser l’hiver dans ces conditions retrouveront, au printemps, la vigueur et la fécondité nécessaires pour engendrer une nouvelle génération d’abeilles.

Dans cet article, découvrons comment aménager, ventiler et gérer une cave d’hivernage apicole, véritable atelier souterrain où les colonies patientent, immobiles, avant de reprendre leur vol vers la lumière.


Objectif général

Maintenir entre novembre et mars des reines ou mini-colonies dans des conditions thermiques stables (5 à 9 °C), sans vol, sans humidité excessive, et avec une consommation minimale des réserves.


1. Emplacement et structure

Type idéal : cave semi-enterrée ou local en terre battue (ancienne fruitière, cave à vin, ou local agricole enterré).
Dimensions optimales :

  • Hauteur : 2 m minimum pour pouvoir circuler.
  • Largeur : 2,5 m pour deux rangées de ruches.
  • Longueur : variable selon le nombre de colonies (compter 0,5 m par ruchette).
  • Sol : terre battue ou béton brut avec tapis caoutchouc anti-vibration.
  • Murs : pierre, parpaing ou bois isolé ; éviter les parois métalliques (condensation).
  • Toiture : isolée mais ventilée, si possible en contact avec l’air extérieur (prise d’air haute).

1 bis. Concevoir une cave d’hivernage apicole en montagne

Construire une cave d’hivernage en altitude exige d’allier la physique du sol et le bon sens paysan : profiter de l’inertie thermique de la terre sans laisser le gel pénétrer.

Profondeur et positionnement

  • Profondeur utile : 1,8 à 2 m sous le niveau du sol pour atteindre la zone thermique stable.
  • Couche de terre au-dessus de la dalle : 1,2 m à 1,5 m minimum, car à 1000 m d’altitude, le sol se refroidit davantage.
  • Exposition : adosser la cave à un talus nord-est, à l’abri du soleil et du vent dominant.
  • Drainage périphérique : gravier + drain agricole Ø 100 mm sur tout le pourtour, avec géotextile, pour éviter l’humidité ascendante.

Murs et isolation

  • Murs porteurs : blocs à bancher ou pierre, enduits à la chaux pour laisser respirer.
  • Isolation extérieure : panneaux de liège ou polystyrène extrudé, recouverts de terre végétale compactée.
  • Épaisseur de mur : 25 à 30 cm pour une bonne inertie.
  • Sol : terre battue ou béton brut recouvert d’un caillebotis bois ; le béton seul est trop conducteur du froid.

Toiture et couverture

  • Dalle béton armée 12-15 cm, avec isolation au-dessus (XPS 60 mm + géotextile).
  • Recouvrement de 1,2 à 1,5 m de terre pour une stabilité thermique ± 1 °C.
  • Possibilité d’un toit végétalisé (herbes, mousse, compost mûr) agissant comme régulateur hygrométrique.
  • Prévoir la sortie d’air (grille Ø 100 mm) intégrée dans la dalle ou en façade haute.

Ventilation

  • Entrée d’air basse : conduite Ø 100 mm débouchant à 10 cm du sol, protégée par grille anti-rongeur.
  • Sortie d’air haute : conduit opposé atteignant la surface ; différence de 1,5 m de hauteur minimum pour créer le tirage naturel.
  • Aide mécanique : ventilateur basse tension programmé 2 min/2 h si hygrométrie > 75 %.

Contrôle climatique

  • Température idéale : 6 à 8 °C (jamais < 4 °C).
    Si la cave descend trop bas, un câble chauffant de sol 50 W/m relié à un thermostat 6 °C peut stabiliser sans bruit.
  • Hygrométrie cible : 65–75 %. En dessous : déshydratation ; au-dessus : moisissures.
  • Capteurs : deux sondes digitales (centre et entrée d’air) et un thermomètre de secours analogique.

Accès et sécurité

  • Porte isolée, jointée, orientée plein nord.
  • Couloir d’accès légèrement incliné, sol antidérapant.
  • Éclairage rouge (type LED horticole), non perceptible par les abeilles.
  • Aucun moteur ou compresseur à proximité : les vibrations réveillent les colonies.

Exemple “cave alpine”

ÉlémentValeur indicative
Volume utile4 m × 2,5 m × 2 m = 20 m³
Couche de terre1,3 m
Drainage périphériquecomplet
Ventilationdouble conduit Ø 100 mm
Température cible6–8 °C ± 1 °C
Hygrométrie65–75 %
Accessoirecâble chauffant + thermostat + capteur hygrométrique

2. Disposition des colonies

Imagine une coupe de cave vue de dessus :

╔════════════════════════════════════════════╗
║    Sortie d’air haute  (grille Ø100 mm)    ║
║────────────────────────────────────────────║
║ Rangée de ruchettes (étagère bois, 40 cm)  ║
║                                            ║
║ Couloir de circulation central (40 cm)     ║
║                                            ║
║ Rangée de ruchettes (étagère bois, 40 cm)  ║
║────────────────────────────────────────────║
║ Entrée d’air basse (grille Ø100 mm)        ║
╚════════════════════════════════════════════╝

Espacement entre ruchettes : 10 cm pour la circulation d’air.
Hauteur du sol : 15 à 20 cm (palettes ou tréteaux).
Orientation des entrées : toutes dans le même sens, vers le couloir central, pour une ventilation cohérente.
Étagères : bois massif non traité, vissées au mur ou autoportantes.


3. Ventilation

Entrée d’air basse : conduit Ø 100 mm avec grille anti-rongeur.
Sortie d’air haute : même diamètre, sur mur opposé.
Flux : tirage naturel par convection, renforcé si besoin par ventilateur programmable (2 min toutes les 2 h).
Contrôle : hygromètre (60–75 %) et thermomètre digital avec sonde externe à hauteur des ruches.


4. Gestion de la lumière et du bruit

Éclairage rouge (type LED horticole) pour les visites ponctuelles ; la lumière rouge ne déclenche pas le vol.
Aucune lumière naturelle directe (fenêtres occultées).
Silence absolu : éviter tout moteur à proximité1.


5. Sécurité sanitaire

Désinfection préalable : lavage à la soude ou vapeur avant l’entrée des ruches.
Pas d’humidité stagnante : seau de sciure ou déshumidificateur passif (sel de calcium, gel de silice).
Rongeurs : grillage fin sur toutes les ouvertures.
Enregistrement des colonies : numéro sur chaque ruchette + fiche d’état sanitaire avant et après hivernage.


6. Calendrier de gestion

ÉtapePériode indicativeAction
Préparation des coloniesOctobreTraitement varroa, nourrissement, resserrage
Mise en caveMi-novembre à début décembreFermeture ventilée, déplacement en soirée
ObservationDécembre à févrierVérification température / hygrométrie sans ouverture
Sortie de caveFin février à mi-marsDéplacement matinal, vol de propreté, ajout candi si besoin

7. Check-list rapide

✅ Cave sèche, ventilée, à 5–9 °C
✅ Ruches numérotées, entrées grillagées mais non bouchées
✅ Réserves suffisantes vérifiées avant entrée
✅ Silence et obscurité totale
✅ Suivi température / hygrométrie hebdomadaire
✅ Sortie progressive et douce au printemps


En conclusion

Une cave d’hivernage en montagne n’est pas qu’un abri, c’est un instrument de précision.
Enterrée juste ce qu’il faut, respirante, tempérée par la terre et le bon sens, elle offre aux abeilles un hiver sans combat — un hiver de repos, pas de survie.
Sous 1,2 m de terre, dans le calme des collines, la ruche s’endort… pour mieux renaître.


cave d'hibernation apicole


📄 Cave d’hivernage apicole de montagne – Version Mouchamiel (PDF)

Ce fichier reprend la structure complète :

  • principes de conception en altitude,
  • ventilation naturelle et thermique,
  • plan “cave alpine” chiffré,
  • check-list finale de mise en œuvre.

  1. Une ventilation silencieuse s’obtient sans moteur permanent. Le principe repose sur le tirage naturel, c’est-à-dire la convection entre une entrée d’air basse (plus froide) et une sortie d’air haute (plus chaude). La différence de hauteur – au moins 1,5 m – crée un flux continu et sans bruit.
    Si l’humidité impose un brassage complémentaire, on peut utiliser un petit ventilateur axial basse tension (12 V) monté sur silent-bloc et commandé par minuterie (2 min toutes les 2 heures). Le bruit résiduel (< 25 dB) est imperceptible pour les abeilles. L’essentiel est d’éviter tout moteur en fonctionnement constant, car les vibrations à basse fréquence traversent la structure et perturbent le calme vibratoire de la grappe. ↩︎

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